Le diabète gestationnel, un problème de santé invisible chez la mère et l’enfant

Il existe un lien entre l’intolérance au glucose durant la grossesse et le diabète, tant chez la mère que chez son enfant

7 septembre 2016

Le diabète sucré gestationnel (DSG) est une maladie temporaire qui augmente le risque de complications pour la mère durant la grossesse et à l'accouchement.

Le DSG survient lorsque le pancréas (glande de grande taille située derrière l'estomac) de la mère ne produit pas suffisamment d'insuline pour faire passer le glucose de la circulation sanguine aux cellules. Il s'ensuit une augmentation du taux sucre dans le sang, ce qui représente un danger pour la mère et l'enfant. 

D'après les critères internationaux, jusqu'à 26 % des grossesses s'accompagnent du DSG – selon l'origine ethnique de la mère. Les femmes atteintes de DSG risquent davantage de développer une prééclampsie, d'accoucher par césarienne et de donner naissance à un bébé plus gros que la moyenne. Les bébés de mères atteintes de DSG sont plus susceptibles de subir une blessure à l'épaule durant l'accouchement, et de souffrir d'hypoglycémie et de détresse respiratoire à la naissance.

Danger invisible

Comme le DSG est souvent asymptomatique, il est important de faire un dépistage systématique pour pouvoir être diagnostiqué et pris en charge. Des prélèvements de sang doivent donc être effectués pour mesurer la glycémie, normalement pendant le deuxième trimestre. Si les résultats indiquent des taux de sucre dans le sang plus élevés que la normale, le DSG est confirmé.

Des changements à l'alimentation et aux habitudes d'exercice de la mère peuvent être essentiels pour aider à contrôler le DSG, mais la prise d'insuline pourrait également se révéler nécessaire. Toutefois, des chercheurs ont récemment découvert que les femmes qui développent un DSG risquent davantage de développer le diabète de type 2 au cours des années suivant leur grossesse, et leurs enfants aussi.

À long terme, les femmes atteintes de DSG sont sept fois plus susceptibles de développer le diabète de type 2 ultérieurement. Source : Fédération internationale du diabète

De plus, l'exposition au DSG prédispose l'enfant à une plus grande accumulation de graisse avec le temps, facteur de risque important d'obésité et de diabète. Source : rapport Mettre fin à l'obésité de l'enfant, OMS, 2016.

Dr Luigi Bouchard
Université de Sherbrooke
Avec la permission du Dr Luigi Bouchard

Au fil des ans, les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) ont investi des sommes considérables dans la recherche sur le diabète. Les travaux du Dr Luigi Bouchard, professeur agrégé au Département de biochimie de l'Université de Sherbrooke, aident à réduire l'incidence du diabète.

Selon le Dr Bouchard et son équipe, il existe suffisamment de preuves selon lesquelles le diabète gestationnel peut se transmettre de la mère à l'enfant et les prédisposerait à l'intolérance au glucose ou au diabète en préprogrammant leurs cellules.

Les travaux du Dr Bouchard ouvrent une nouvelle voie de recherche (la programmation des cellules durant la grossesse), mais ils promettent aussi de jeter un nouvel éclairage sur notre compréhension du diabète. Ils mettent en relief le besoin de sensibiliser les mères à des choix de vie sains, car le lien qui les unit à leur enfant peut avoir des conséquences durables pour leur bienêtre. Cette connaissance contribuera grandement à réduire la fréquence du DSG évitable. 

Les femmes atteintes de DSG doivent recevoir des renseignements et des conseils pratiques en matière de nutrition qui les rendront à même de faire de bons choix quant aux aliments – sur les plans de la quantité et de la qualité –, mais aussi quant au niveau d'activité physique.

Il ne faut jamais cesser de leur recommander durant leur grossesse de maintenir le même mode de vie sain après l'accouchement pour réduire le risque d'obésité, de diabète de type 2 et de maladie cardiovasculaire plus tard dans la vie. 

Source : Fédération internationale de gynécologie et d'obstétrique

« Nos travaux ont fourni les premières preuves que l'épigénome du nouveau-né – le programme à la base du décodage de l'information génétique par les cellules, tout comme un logiciel par les ordinateurs – est marqué par le DSG en étant exposé aux taux de sucre élevés dans le sang de la mère. Nombre des gènes altérés que nous avons trouvés sont en fait des "gènes du diabète". Cette découverte donne à penser que les cellules sont déjà préprogrammées à la naissance pour développer le diabète. Nous croyons fermement que la connaissance des processus morbides représente une étape clé en vue de définir de meilleurs programmes de prévention. C'est pourquoi nous menons ce programme de recherche et avons récemment élargi nos travaux sur la mise au point d'outils diagnostiques améliorés pour le DSG. »

Dr Luigi Bouchard

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