Ces rues sont faites pour marcher

Les quartiers les plus propices à la marche sont associés aux plus faibles incidences de diabète et d'obésité

2 aout 2016

Le Canada fait face à une crise de l'obésité. En 2014, 8,2 millions de Canadiens (61,8 %) et 6,1 millions de Canadiennes (46,2 %) présentaient une obésité ou un surplus de poids et plus de 2 millions de l'ensemble des Canadiens âgés de plus de 12 ans étaient atteints de diabète. Ces deux problèmes de santé graves ont été associés à des complications tout aussi graves, comme les maladies cardiovasculaires et les ulcères du pied diabétique.
Source : Statistique Canada

De nos jours, de plus en plus de gens optent pour un moyen de transport actif comme la marche, le vélo, la planche à roulettes et le patin à roues alignées pour se tenir en forme et se déplacer.  Les urbanistes et les décideurs en santé publique commencent à prendre conscience de la popularité croissante des moyens de transport non motorisés.

Des chercheuses subventionnées par les IRSC, les Dres Maria Creatore et Gillian Booth, Institut du savoir Li Ka Shing de l'Hôpital St. Michael's, ont récemment publié les résultats de leur étude visant à déterminer l'existence d'un lien entre le potentiel piétonnier d'un quartier et l'état de santé des gens qui y vivent.

Les Dres Creatore et Booth ont cherché à déterminer si les quartiers qui favorisent la marche contribuent à produire des citoyens en meilleure santé.

Selon les Directives canadiennes en matière d'activité physique, seule une minorité de Canadiens adultes (15 %) ont un niveau d'activité physique qui correspond au minimum quotidien recommandé. 
Source : Directives canadiennes en matière d'activité physique : Société canadienne de physiologie de l'exercice, 2013

L'équipe de recherche a analysé des données recueillies de 2001 à 2012 portant sur 8 777 quartiers du sud de l'Ontario où vivaient plus de 7 millions de citoyens. Puisant dans des bases de données administratives en santé, les chercheuses ont analysé les données de près de 3 millions d'adultes âgés de 30 à 64 ans, groupe d'âge dont les taux d'obésité et de diabète connaissent une rapide croissance.

Des données additionnelles quant au poids corporel ont été recueillies pour environ 33 000 adultes qui ont participé à l'Enquête sur la santé dans les collectivités canadiennes de Statistique Canada. L'étude incluait aussi des données sur l'origine ethnique des citoyens et sur les revenus selon les quartiers. 

Dans le cadre de leur étude, les chercheuses ont défini un important paramètre d'évaluation, à savoir le potentiel piétonnier des quartiers, soit le degré de facilité avec lequel les piétons peuvent s'y déplacer. Le potentiel piétonnier inclut la connectivité des rues, le type d'intersections et leur fréquence, ainsi que l'accès à des destinations clés comme les lieux de travail, les écoles, les commerces, les bibliothèques, les pharmacies et d'autres services essentiels.

La Dre Creatore était l'épidémiologiste principale de l'étude.
Photo offerte par la Dre Creatore.

La Dre Booth était l'investigatrice principale de l'étude.
Photo offerte par la Dre Booth.

L'étude a permis de conclure qu'il y avait moins de gens qui présentaient un surplus de poids ou une obésité et que l'incidence du diabète était moins élevée dans les quartiers ayant un potentiel piétonnier très élevé.
Les quartiers où les gens étaient en meilleure santé étaient ceux où les gens pratiquaient davantage la marche et le vélo et où ils utilisaient moins souvent un véhicule motorisé.

Les travaux des Dres Creatore et Booth ouvrent la voie à l'aménagement de quartiers propices à la marche.  

Explication de la Dre Gillian Booth

Des chercheurs en santé d'un bout à l'autre du pays travaillent sans relâche afin de trouver des moyens novateurs de combattre les problèmes de santé liés à la sédentarité et à l'obésité, comme le diabète. La Dre Gillian Booth, chercheuse et investigatrice principale de l'étude sur le potentiel piétonnier, a produit, de concert avec les IRSC, une baladodiffusion afin de discuter de manière plus approfondie des résultats de l'étude et de leur importance.

(en anglais seulement)

Transcription

David Coulombe : Ici David Coulombe pour La recherche en santé à l'œuvre.  

L'endroit où nous vivons influe-t-il sur notre santé? Pour le savoir, une équipe de chercheurs canadiens financée par les Instituts de recherche en santé du Canada ont étudié plus de trois-millions de personnes dans près de 9 000 quartiers en Ontario, et leurs conclusions sont fascinantes.

Pour en apprendre davantage sur cette étude, je reçois aujourd'hui la Dre Gillian Booth, auteure principale et chercheuse financée par les IRSC.

Merci de vous joindre à nous Dre Booth.

Dre Gillian Booth : Merci de me recevoir.

David Coulombe : La première question serait peut-être : qu'avez-vous découvert exactement?

Dre Gillian Booth : Eh bien nous avons constaté que dans les quartiers urbains du sud de l'Ontario ayant le plus grand potentiel piétonnier, la prévalence du surpoids et de l'obésité était 10 % plus faible que dans ceux au potentiel piétonnier restreint, et les nouveaux cas de diabète y étaient aussi moins nombreux. Et ce n'est pas tout… ces résultats s'inscrivent dans des tendances à long terme. Ainsi, dans les quartiers au plus grand potentiel piétonnier, les taux de surpoids et d'obésité étaient plus stables et l'incidence des nouveaux cas diminuait, tandis que les taux d'obésité continuaient d'augmenter dans les quartiers au potentiel piétonnier restreint.

David Coulombe : Donnez-nous des exemples d'environnements urbains malsains.

Dre Gillian Booth : Notre recherche nous a appris que les quartiers les plus malsains sont ceux qui dépendent le plus de l'automobile, comme les quartiers de banlieue où il est très difficile de se déplacer à pied. Ces secteurs comptent peu de destinations accessibles à pied et affichent aussi des taux d'utilisation moins élevés du transport actif, comme la marche et le vélo, et du transport en commun.

David Coulombe : Comment les collectivités pourraient-elles donner suite à ces résultats?

Dre Gillian Booth : Il y a plusieurs choses à faire sur le plan de l'aménagement. Nous pourrions construire les quartiers différemment. Nous pourrions les concevoir en fonction des piétons, en facilitant la marche et le vélo et d'autres activités physiques, et moins les centrer sur l'automobile. C'est une des choses que nous pouvons faire.

Nous pouvons aussi tenter de faciliter la marche et les déplacements dans les quartiers existants. Nous pourrions développer le transport en commun, et on assiste actuellement à un vaste mouvement en ce sens dans le sud de l'Ontario. Nous pourrions envisager certains changements à l'aménagement urbain, au zonage et à l'accès au transport en commun dans les quartiers, pour permettre aux gens d'intégrer beaucoup plus facilement l'activité physique à leur vie quotidienne.  

David Coulombe : Nous pourrions donc facilement dire que vos conclusions pour l'Ontario sont adaptables à d'autres villes dans d'autres provinces du Canada?

Dre Gillian Booth : Tout à fait.

David Coulombe : Quelle sera la suite des choses Dre Booth?

Dre Gillian Booth : Nous menons une étude financée par les IRSC sur les meilleures mesures à prendre pour les responsables des politiques afin de rendre les quartiers plus favorables à la santé; il pourrait s'agir de planifier le potentiel piétonnier des quartiers, d'augmenter le nombre de parcs ou d'en faciliter l'accès, de développer le transport en commun ou toutes ces mesures ensemble. Il s'agit de trouver ce qui aura le plus grand impact sur la santé en aval et sur les couts du système de santé. C'est une des choses que nous faisons.

David Coulombe : C'est tout le temps que nous avons, Dre Booth. Merci beaucoup de votre participation.

Dre Gillian Booth : Merci beaucoup de m'avoir accueillie.

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