Combler les lacunes dans la recherche en santé

Il faut environ 17 ans pour que les résultats de la recherche soient adoptés par les praticiens et la populationNote en bas de page 1. En raison de ce fossé entre la recherche et la pratique, ce n’est souvent qu’une génération après les découvertes que la recherche profite à la population.

La raison d’être du domaine de l’application et de l’échange des connaissances (AEC) est précisément de raccourcir le laps de temps entre le développement de nouvelles connaissances et leur application dans les pratiques quotidiennes. La recherche démontre que tenir compte du sexe et du genre dans les stratégies d’AEC peut réduire les inégalités liées au genre ainsi qu’améliorer les interventions et les résultats en matière de santéNote en bas de page 2.

Passer de la recherche à l’action

L’ISFH souhaite accélérer et améliorer le passage des connaissances à la pratique. Nous avons demandé à des chercheurs, à des spécialistes en AEC, à des utilisateurs des connaissances et à ceux qui financent la recherche de nous dire quels étaient les principaux obstacles qui empêchent de combler la « lacune dans le passage des connaissances à la pratique ». Voici ce qu’ils nous ont répondu :

  • Les chercheurs n’ont souvent ni le temps ni les compétences pour assurer l’AEC de manière efficace.
  • Il y a d’autres spécialistes qui possèdent les compétences et l’expertise pour s’acquitter de la tâche (p. ex., les spécialistes en AEC, marketing, communications et conception). Pourquoi obliger les chercheurs à être des touche-à-tout?
  • Même quand les chercheurs ont des liens avec des spécialistes (souvent ils n’en ont pas), ils ne peuvent pas se permettre d’en embaucher parce que les subventions et les bourses en application des connaissances ne sont souvent pas très généreuses.

Série de Design Jams « Combler les lacunes dans la recherche en santé »

Pour surmonter les obstacles que nous venons de mentionner, l’ISFH a mis en place la Série de Design Jams « Combler les lacunes dans la recherche en santé ».

À l’occasion d’une série d’évènements thématiques, les Design Jams, nous rassemblons des chercheurs et des personnes qui possèdent des connaissances, des expertises et des vécus différents et complémentaires afin de trouver des solutions d’AEC innovatrices et efficaces.

Cette série a été rendue possible grâce à des partenariats avec Hacking Health, un organisme canadien sans but lucratif qui désire accélérer l’innovation dans le secteur des soins de santé, et Cossette Santé, la division consacrée à la santé d’une des principales agences de marketing et de communications au Canada.

  • Cossette Santé nous aide à créer des liens entre les chercheurs et les spécialistes de marketing, de communications et de conception qui ont les compétences et l’expertise pour obtenir des résultats probants en matière d’AEC.
  • Hacking Health nous aide à tirer le meilleur parti possible de ces collaborations en organisant un Design Jam de deux jours, qui permet aux chercheurs et aux autres participants d’utiliser la méthodologie de la pensée créatrice pour stimuler la création de solutions innovatrices en matière d’AEC.

Objectifs

  1. Promouvoir l’utilisation de la pensée créatrice (design thinking) comme nouvelle approche pour envisager l’AEC.
  2. Reforcer les capacités des chercheurs en santé pour qu’ils élaborent et mettent en œuvre des initiatives d’AEC efficaces.
  3. Créer des possibilités pour des échanges interdisciplinaires de connaissances et des rencontres des membres du milieu de la recherche, des personnes avec des parcours différents et des experts d’un éventail de disciplines.
  4. Faciliter la prise en compte du sexe et du genre en matière d’AEC.

Le processus

Malgré le caractère unique de chaque Design Jam de la série « Combler les lacunes dans la recherche en santé », le processus général est toujours le même :

  1. L’ISFH et ses partenaires signalent une lacune, liée au sexe ou au genre, dans le passage des résultats de la recherche à la pratique. On lance un appel de demandes.
  2. Les candidats déposent une demande comportant un énoncé de problème qui signale une lacune précise, qu’il serait utile d’aborder dans le cadre d’un Design Jam.
  3. Les candidats retenus reçoivent une bourse pour participer à l’évènement.
  4. L’ISFH et ses partenaires sélectionnent des participants qui ont des expertises complémentaires (p. ex., des spécialistes de marketing, des chercheurs expérimentés, des experts en AEC, des concepteurs, des personnes avec des expériences vécues pertinentes) et forment des équipes composées de membres aux compétences et aux expertises complémentaires et adaptées à la lacune à traiter.
  5. Lors du Design Jam, les équipes suivent la méthodologie de la pensée créative pour trouver des solutions d’AEC.
  6. Les équipes défendent leurs solutions devant un jury qui pose des questions et donne son avis. Le cas échéant, le jury décerne les prix.
  7. Pendant l’année qui suit le Design Jam, les boursiers poursuivent leur travail sur les projets collaboratifs lancés lors de l’évènement.

Foire aux questions

Qu’est-ce qu’un Design Jam?

Un Design Jam d’AEC typique dure d’un à trois jours. Les participants viennent de milieu très différents (recherche en santé, pratique clinique, application des connaissances, marketing, communications, conception, conception de sites Web) et travaillent de concert avec des utilisateurs de connaissances et des personnes avec des expériences vécues pertinentes pour créer des solutions d’AEC. Avec le concours d’animateurs qualifiés, les équipes se servent de la méthodologie de la pensée créatrice pour créer leurs solutions.

Qu’est-ce que le hacking?

Le hacking implique une créativité dans la résolution de problèmes. Le terme hack peut être défini comme la modification d’une solution existante de manière habile ou intelligente afin de l’améliorer ou de répondre à un nouveau besoin.

Qu’est-ce que la pensée créatrice (design thinking)?

On peut définir la pensée créatrice comme « une méthodologie pour l’innovation qui combine l’approche analytique et l’approche créative et exige une collaboration interdisciplinaire » (Stanford d.school).

Il n’y a pas de définition stricte de la pensée créatrice, il’agit plutôt d’une méthodologie qui peut être adaptée à une multitude de situations et de contextes. On peut toutefois généralement distinguer les étapes suivantes :

  1. Empathie : prise en compte des personnes qui ont de l’expérience relative au défi envisagé.
  2. Définir : délimitation du problème pour y porter toute son attention.
  3. Idéation : séances rapides de remue-méninges pour générer des idées.
  4. Prototype : mise au point de modèles de solutions possibles.
  5. Test : utilisation des commentaires des experts et des utilisateurs finaux à propos des prototypes pour peaufiner et mettre au point les solutions.

Qu’est-ce l’application et l’échange des connaissances (AEC)?

Les Instituts de recherche en santé du Canada définissent l’application des connaissances « comme un processus dynamique et itératif qui englobe la synthèse, la dissémination, l’échange et l’application conforme à l’éthique des connaissances dans le but d’améliorer la santé des Canadiens, d’offrir de meilleurs produits et services de santé et de renforcer le système de santé ».

Qu’est-ce une « lacune dans le passage des connaissances à la pratique »?

Il s’agit d’un aspect qui est connu de la recherche sans que pour autant cette recherche ait imprégné les politiques de santé, la conscience publique, les pratiques cliniques ou le comportement individuel et se soit traduit par une amélioration des résultats en matière de santé.

Important : Les lacunes dans le passage des connaissances à la pratique ne sont pas des domaines où il y a un manque de recherche ; les lacunes correspondent plutôt à un fossé entre ce que dit la littérature scientifique (connaissances) et ce que les cliniciens, les patients et les gouvernements font dans la pratique.

Qu’est-ce une solution en AEC?

Une solution en AEC est une intervention, un service ou un produit qui cherche à mettre les résultats de la recherche à la disposition de ceux qui les utiliseront pour améliorer la recherche, les services, les politiques et les systèmes en matière de santé. Par exemple :

  • Campagnes pour sensibiliser la population
  • Initiatives de sensibilisation clinique
  • Lignes directrices fondées sur la recherche
  • Applications de santé

Qu’est-ce qu’un énoncé de problème?

Il s’agit d’un document rédigé dans un langage accessible qui explique une lacune dans le passage des connaissances à la pratique qui a été repérée. L’énoncé de problème doit indiquer :

  • La lacune dans le passage des connaissances à la pratique : Décrivez succinctement le fossé (lacune) constaté entre les résultats de la recherche (connaissances) et les pratiques actuelles ou le degré de sensibilisation (pratique) dans un des domaines de recherche proposés. L’existence de cette lacune doit être justifiée et étayée par une revue de la littérature.
  • Importance et incidence potentielle : décrivez les conséquences de cette lacune sur l’état de santé de la population et l’amélioration des résultats en matière de santé que pourrait entraîner la correction de cette lacune. Expliquez pourquoi il serait intéressant d’aborder cette lacune dans le cadre d’un Design Jam. Signalez les risques potentiels (p. ex., renforcement des préjugés et des stéréotypes négatifs) et comment les atténuer.
  • Leçons tirées : décrivez les efforts qui ont déjà été faits pour remédier à cette lacune et les raisons de leur échec (s’il y a lieu).
  • Le défi : signalez 3-5 obstacles importants qui entravent la correction de cette lacune dans le passage des connaissances à la pratique.

Nos hackathons

  1. Hackathon « Combler les lacunes dans la recherche » en santé cardiaque des femmes
  2. Pensée innovatrice au service de la santé et du bien-être des personnes LGBTQI2S
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