Lettre au U15, Regroupement des universités de recherche du Canada

Le 16 février 2016

Chers collègues,

Je vous remercie de votre lettre du 29 janvier 2016, dans laquelle vous réitérez votre adhésion à la réforme amorcée par les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) pour renforcer le secteur canadien de la recherche en santé, mais où vous soulevez également les préoccupations de certains membres de la communauté de recherche au sujet de la mise en œuvre de cette réforme.

Je voudrais d’abord souligner l’importance que les IRSC accordent à l’engagement et au soutien du U15 à leur endroit. C’est pourquoi vous (ou, dans de nombreux cas, vos prédécesseurs) avez été les premiers à être consultés quant au besoin et à la conception de cette réforme. Les présidents du U15 ont convenu, sans exception, de l’importance d’améliorer la structure et les méthodes de sélection des projets ouverts des IRSC, et nous ont encouragés à opérer les changements maintenant en cours.

Malheureusement, comme vous le faites remarquer avec justesse, la mise en œuvre de cette réforme, prévue il y a plus de quatre ans, se déroule au moment où les IRSC font face à de graves problèmes de sous‑financement du fait de la stagnation de leur budget de services votés et d’une augmentation concomitante du volume de demandes. Les conséquences de ce sous‑financement ont été interprétées à tort par certains comme le résultat de la réforme, causant ainsi de l’anxiété parmi les parties prenantes.

Il est important pour moi de réitérer, comme je l’ai fait quand j’ai amorcé la discussion avec le U15, que les changements apportés aux programmes sont essentiels pour que les IRSC s’acquittent de leur mandat parlementaire, lequel consiste à soutenir l’excellence dans tous les domaines de la recherche en santé, tant sur le plan de la découverte que sur celui de la recherche appliquée. Cela dit, je crois aussi qu’il est impératif pour les IRSC de garder les canaux de communication grand ouverts avec la communauté et de rectifier le tir au besoin, en se fondant sur les faits et non sur des observations empiriques.

Les mesures que vous nous recommandez s’inscrivent dans le droit fil de cette ligne de conduite. En particulier :

  1. Décréter un moratoire temporaire sur d’autres changements aux programmes de financement de la recherche

    Je peux confirmer que les IRSC n’ont aucune intention d’apporter d’autres changements à leurs programmes de financement dans l’avenir immédiat. Vous devez savoir que les orientations choisies jusqu’à présent pour modifier les programmes visent, à terme, à maximiser notre capacité de soutenir l’excellence et de favoriser une pensée créative. Elles supposent une augmentation de l’enveloppe de financement pour les programmes ouverts et le maintien du nombre de chercheurs canadiens financés dans le domaine de la santé.

  2. Organiser un sommet national sur la recherche en santé pour examiner les changements apportés jusqu’ici aux programmes de financement de la recherche, les résultats des concours pilotes, et les mesures qui ont été et qui seront prises pour répondre aux préoccupations de la communauté de recherche

    J’ai été informé par SoinsSantéCAN d’un intérêt pour travailler avec le U15 et d’autres intervenants en vue de tenir un sommet d’envergure sur les sciences de la vie cet automne. Les IRSC seraient heureux de participer à une telle rencontre, le cas échéant. Comme je l’ai dit, les IRSC demeurent fermement résolus à communiquer les résultats des concours pilotes et à échanger avec les diverses communautés de recherche en santé sur des mécanismes permettant d’améliorer le processus de sélection applicable aux subventions.

  3. Commander un examen international indépendant par un tiers des changements aux programmes de financement de la recherche et aux mécanismes d’évaluation par les pairs

    La Loi sur les IRSC prévoit que l’organisation doit être évaluée par un tiers indépendant tous les cinq ans. En fait, vous vous souviendrez que la réforme en cours a été élaborée dans le cadre de la réponse du conseil d’administration des IRSC aux recommandations du deuxième comité d’examen international des IRSC, présidé par Elias Zerhouni, et en particulier à celle‑ci : « Les IRSC doivent étudier la possibilité d’attribuer des subventions [de plus grande valeur et] à plus long terme aux chercheurs les plus performants au pays. Ils doivent aussi fusionner les comités de subventions pour en réduire le nombre et donner à chacun un mandat scientifique plus vaste, ce qui permettra d’atténuer les contraintes et de faire en sorte que les nouvelles propositions méritoires reçoivent toute l’attention voulue. »

    Voilà exactement ce que nous avons fait, bien sûr. Le conseil d’administration des IRSC a déjà déterminé que le prochain examen international devrait être axé sur une évaluation détaillée de l’impact des changements apportés par les IRSC à la conception et à l’exécution de leurs programmes. Nous tenons effectivement à nous assurer que la réforme mise en œuvre produit les résultats voulus.

  4. S’assurer qu’aucun effort n’est épargné pour éviter l’interruption du financement des programmes de recherche par suite de changements aux structures de ces programmes

    Les IRSC sont tout à fait d’accord sur ce point et font tout en leur pouvoir pour aider à s’assurer qu’il n’y a pas d’interruption du financement par suite des changements apportés. Toutefois, comme vous le reconnaissez, des sources de financement supplémentaires s’imposeront pour réaliser cet objectif intégralement.

En terminant, j’espère que cette lettre vous assurera que les IRSC mettent tout en œuvre pour répondre aux préoccupations de la communauté de recherche. Je serais heureux de tous vous rencontrer en personne pour poursuivre la discussion à ce sujet, en vue d’affermir notre soutien mutuel pour le bien de la recherche en santé au Canada.

Je vous remercie à nouveau de votre engagement soutenu dans ces initiatives importantes.

Meilleures salutations,

Alain Beaudet, M.D, Ph.D.
Président

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