Le Dr Gonzalo Alvarez a trouvé un bon moyen d'enrayer la propagation de la tuberculose

La journée mondiale de lutte contre la tuberculose, contrer une maladie qui fait 1,5 million de morts chaque année

24 mars 2016

Loin d'être une maladie qui affligeait les gens au XIXe siècle, la tuberculose tue encore près de 1,5 million de personnes par année, surtout dans les pays en développement. Le Canada n'est pas à l'abri de cette maladie, quelque 1 600 nouveaux cas étant déclarés chaque année, la plupart du temps chez des immigrants qui débarquent au Canada pour la première fois. De même, les peuples autochtones continuent d'être touchés de façon disproportionnelle par la maladie : l'incidence de l'infection tuberculeuse au Nunavut est jusqu'à 50 fois plus élevée qu'ailleurs au pays.

Un chercheur s'est donné pour mission d'éliminer les maladies pulmonaires comme la tuberculose chez les populations vulnérables comme les Inuits du Canada et les nouveaux Canadiens. Il s'agit du Dr Gonzalo Alvarez, chercheur à l'Institut de recherche de l'Hôpital d'Ottawa, professeur agrégé à la Faculté de médecine de l'Université d'Ottawa et pneumologue à l'Hôpital d'Ottawa.

Le 24 mars, Journée mondiale de lutte contre la tuberculose, Santé Canada et l'Agence de la santé publique du Canada ont annoncé qu'ils finançaient une nouvelle étude sous la conduite du Dr Alvarez. L'étude vérifiera l'effet d'un nouveau médicament pour traiter la tuberculose latente, qui, même si elle n'est pas contagieuse, a 10 % de chance de devenir active. L'étude portera sur 450 personnes à Ottawa et à Iqaluit (Nunavut).

Auparavant, les médecins qui traitaient des patients avec une tuberculose latente devaient compter sur un médicament vieux de 60 ans, à prendre chaque jour pendant 9 mois, pour vaincre la bactérie qui cause la maladie. Combiné à l'ancien traitement, le nouveau médicament permet de traiter la tuberculose latente en 12 semaines seulement, à raison d'une seule dose par semaine. 

La nouvelle technologie réduit le temps nécessaire pour le diagnostic

Dr Gonzalo Alvarez, Institut de recherche de l'Hôpital d'Ottawa
Avec la permission de l'Institut de recherche de l'Hôpital d'Ottawa.

En 2012, le Dr Alvarez a rendu possible une importante avancée dans la lutte contre la tuberculose dans le Nord du Canada en introduisant au pays une machine appelée GeneXpert dans le cadre d'une étude financée par les IRSC. Par le passé, les patients au Nunavut qui pensaient qu'ils pouvaient avoir la tuberculose fournissaient des échantillons de leur mucus, qui étaient expédiés à Ottawa pour être analysés. Selon la quantité de bactéries causant la tuberculose dans le système du sujet, les résultats pouvaient prendre de huit jours à un mois avant de revenir au Nunavut. Pendant ce temps, la personne pouvait avoir transmis la tuberculose à son entourage.

« Il s'agit en fait d'un problème de capacité », dit le Dr Alvarez. « Dans le Nord, où l'incidence de la tuberculose est la plus élevée au Canada, il n'y a pas de capacité de diagnostic. Une personne fait le travail de 10 personnes, et sans personnel spécialisé, c'est difficile de diagnostiquer la tuberculose rapidement et d'en prévenir la propagation. »

Et c'est là qu'entre en scène GeneXpert, une machine un peu plus petite qu'un micro-ondes qui peut être reliée à un ordinateur portable pour déterminer la présence du code génétique de la bactérie responsable de la tuberculose. Les patients fournissent un échantillon de mucus, qu'un technicien met dans une cartouche qu'il insère ensuite dans la machine. En deux heures seulement, la machine peut diagnostiquer la présence de tuberculose, ce qui veut dire que les patients peuvent savoir le jour même s'ils ont ou non la maladie et entreprendre leur traitement sans délai, au lieu de devoir attendre jusqu'à un mois. De plus, aucun personnel spécialisé n'est nécessaire pour faire fonctionner la machine, ce qui est parfait pour les communautés isolées où les services de santé sont limités.

GeneXpert s'est révélé si efficace pour réduire les temps d'attente pour les diagnostics que le gouvernement du Nunavut a annoncé dans son budget 2015-2016 l'affectation de fonds pour embaucher un employé à temps plein chargé de faire fonctionner la machine et couvrir ses coûts d'utilisation. Le Dr Alvarez vient aussi de présenter à PLoS One un article sur le rapport coût-efficacité de GeneXpert à Iqaluit (Nunavut).

Modélisation informatique

En 2014-2015, les IRSC ont financé une étude où le Dr Kevin Schwartzman, de l'Université McGill, et le Dr Alvarez collaborent pour utiliser la modélisation informatique afin de prédire l'efficacité de diverses interventions en santé pour aider à enrayer la propagation de la tuberculose.

« À des endroits comme au Nunavut, c'est vraiment une question de déterminants sociaux de la santé », mentionne le Dr Alvarez. « Dans des communautés comme Iqaluit, on a la promiscuité, le manque de logement, la piètre qualité de l'alimentation et certains des plus hauts taux de tabagisme au pays. Ces facteurs rendent une personne sujette à la tuberculose. »

À l'heure actuelle, les Drs Alvarez et Schwartzman compilent des données et s'emploient à élaborer des modèles pour prédire de quelle façon des facteurs pouvant agir sur la maladie tuberculeuse, comme de plus faibles taux de tabagisme et de consommation d'alcool, ou des diagnostics plus précoces de la tuberculose à l'aide de GeneXpert, pourraient aider à réduire la propagation de la maladie dans les communautés autochtones.

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