L'aide est juste au bout des doigts

Un programme qui offre du soutien en santé mentale aux enfants et à leur famille poursuit son expansion

11 décembre 2015

L'été dernier, Terre-Neuve-et-Labrador est devenue la quatrième province à se joindre à un programme de santé mentale unique pour les jeunes, lequel vient en aide aux familles en temps opportun, à la maison.

Lancé en 2006 avec le soutien des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), l'Institut Strongest Families offre des programmes d'intervention par téléphone et par Web pour aider les familles à régler les problèmes de santé mentale légers ou modérés de leur enfant avant qu'ils ne s'aggravent.

À l'heure actuelle, Strongest Families offre quatre programmes spécialisés portant sur l'anxiété, l'incontinence nocturne, les maux de tête et de ventre récurrents et les compétences parentales efficaces pour les comportements difficiles. Chaque programme de 12 semaines enseigne aux parents et aux enfants comment régler ces problèmes au quotidien.

Par exemple, les participants apprennent des techniques de relaxation pour réduire l'anxiété et acquièrent des compétences parentales pour aider les enfants colériques ou agressifs.

Les familles reçoivent des guides et des vidéos éducatives, et participent à des séances hebdomadaires de conseils par téléphone avec des accompagnateurs formés. Elles peuvent aussi communiquer par courriel avec leur accompagnateur pour obtenir des conseils ou lui faire part de leurs préoccupations en dehors de leurs entretiens hebdomadaires.

Les programmes offerts par cet organisme sans but lucratif, qui sont également offerts en Nouvelle-Écosse, en Ontario et en Alberta, réduisent chaque année de façon importante les temps d'attente pour l'obtention d'aide en santé mentale pour des milliers d'enfants et leur famille.

« Dans toutes les régions sanitaires où nous travaillons, il y a des listes d'attente pour des enfants qui ont un comportement perturbateur ou un problème d'anxiété, mais ne représentent pas un danger immédiat pour eux-mêmes ou les autres », dit le Dr Patrick McGrath, psychologue et chercheur à l'Université Dalhousie et au Centre de santé IWK à Halifax.

À tout moment, un enfant ou un adolescent canadien sur cinq est aux prises avec un problème quelconque de santé mentale. Ainsi, partout au Canada, les services de santé mentale sont rapidement engorgés, ce qui laisse de nombreux enfants sur des listes d'attente.

En Ontario, par exemple, 90 % des enfants et des adolescents ayant un trouble de santé mentale connu attendent six mois en moyenne avant d'être traités.

« De trop nombreux parents se faisaient dire : “Si l'état de votre enfant se détériore, on pourra le traiter” », mentionne le Dr McGrath. Ces lacunes du système ont incité le Dr McGrath à effectuer la recherche qui a mené à la mise sur pied de Strongest Families.

De 2003 à 2007, le Dr McGrath a dirigé trois essais cliniques financés par les IRSC, lesquels ont démontré que la démarche de Strongest Families est efficace pour traiter des troubles de santé mentale légers ou modérés chez les enfants. En fait, les résultats ont montré que les programmes de Strongest Families sont plus efficaces que les soins conventionnels et que les avantages se maintiennent un an après le traitement.

« La démarche de Strongest Families est une solution rentable pour régler le problème des temps d'attente et éliminer les obstacles auxquels les familles sont souvent confrontées », dit la Dre Lingley-Pottie, professeure au département de psychiatrie de l'Université Dalhousie et cofondatrice et actuelle directrice générale du programme. « Grâce à notre capacité d'augmenter les services rapidement, nous sommes parvenus à réduire les temps d'attente. Nous sommes impatients d'étendre la portée de nos programmes aux enfants et aux familles d'autres provinces ».

En 2014, 2 865 enfants et leurs familles ont bénéficié des programmes de Strongest Families, et le taux de « résolution des problèmes » a été de 90 %. De plus, le taux d'abandon des programmes de Strongest Families se maintient au-dessous de 10 %, comparativement à environ 40 % pour les services de santé mentale habituels en pédiatrie.

Ces programmes pourraient avoir des avantages à long terme, non seulement pour les familles, mais pour l'ensemble de la société. En effet, les stratégies que les enfants apprennent en bas âge pour faire face aux problèmes leur seront utiles tout au long de leur vie. Et en réglant les problèmes de santé mentale avant qu'ils ne s'aggravent, nous pouvons réduire le fardeau sur les systèmes de soins de santé et de justice pénale.

La Dre Lingley-Pottie attribue le succès du programme à sa structure. Il est conçu pour rendre son utilisation le plus facile possible par les familles. Il n'est pas nécessaire de se déplacer, de prendre des congés du travail ou de l'école, et le counseling à la maison peut être rassurant pour les parents qui craignent la stigmatisation sociale possible liée à l'obtention de traitements de santé mentale dans la communauté.

« Si un enfant peut de chez lui parler à un accompagnateur, il peut se confier sans avoir peur d'être jugé. Il se sent à l'aise. Ce n'est pas un milieu étrange », mentionne la Dre Lingley-Pottie.

Cette année, 300 enfants de Terre-Neuve-et-Labrador joindront les rangs de centaines d'autres enfants à la grandeur du pays pour profiter des programmes de Strongest Families.

« Je crois que cela fera une différence importante dans la vie des familles qui demandent de l'aide », a déclaré Steve Kent, ministre de la Santé et des Services communautaires de la province, lors d'une conférence de presse tenue pour faire l'annonce du programme. « [Les familles] méritent les soins les plus efficaces et accessibles que nous pouvons offrir. »

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