La recherche en santé atteint la stratosphère

Aider les Canadiens à mieux vieillir grâce aux données sur la santé issues de l'espace

23 novembre 2015

Les voyages dans l'espace nous fascinent depuis des centaines d'années. Nous avons été émerveillés à la vue des premiers explorateurs de l'espace propulsés vers l'inconnu, défiant les forces de la gravité. La vie des astronautes a nourri l'imagination de bien des générations.  Depuis la diffusion des premières images provenant de l'espace, au début des années soixante, montrant des astronautes qui flottaient librement dans leur capsule ou qui faisaient des bonds gigantesques à la surface de la Lune, bien des gens ont rêvé de vivre l'expérience de l'apesanteur.  Toutefois, nous commençons tout juste à comprendre les effets négatifs de l'apesanteur sur l'humain. 

Nul besoin de se tourner vers les livres ou les films pour voir des héros travailler dans l'espace. La vie sur la Terre ne serait probablement pas la même sans la contribution des astronautes qui risquent leur vie dans l'espace, mais qu'en est-il de leur santé?  Dans l'espace, les astronautes vivent de manière très sédentaire. En fait, le temps passé dans l'espace accélère le processus de vieillissement de l'organisme. Il est donc possible d'étudier les effets du vieillissement dans l'espace puisque le processus y est nettement accentué.  Cependant, certaines questions demeurent sans réponse. Comment ces petits pas pour les chercheurs peuvent-ils devenir un pas de géant pour l'humanité?  Comment la recherche sur l'accélération du vieillissement dans l'espace peut-elle améliorer notre santé ici-bas?

Toutes les données montrent que la valeur d'un mode de vie actif ne doit pas être sous-estimée.

Le Dr Richard Hughson, chercheur financé par les IRSC de l'Institut de recherche sur le vieillissement Shlegel-Université de Waterloo, collabore étroitement avec l'Agence spatiale canadienne pour trouver des façons de mieux vieillir sur Terre, avec l'aide des astronautes. Sa recherche porte principalement sur l'effet de l'espace sur le vieillissement vasculaire et la tension artérielle et démontre que l'un des meilleurs moyens de vivre en santé consiste à faire de l'exercice quotidiennement.


Dr Richard Hughson
Institut de recherche sur le vieillissement Schlegel-Université de Waterloo
Mention de source : Université de Waterloo

Audio – Entrevue avec Dr Richard Hughson (en anglais seulement)

Transcription

Bonjour, ici David Coulombe pour les nouvelles La recherche en santé à l'œuvre des IRSC. La possibilité pour les humains de se rendre un jour sur Mars suscite beaucoup d'enthousiasme. Toutefois, il faut être conscient des graves conséquences sur le corps humain des vols spatiaux, notamment des problèmes de santé s'apparentant aux effets d'un vieillissement accéléré. Dans l'espace, les astronautes sont immobiles pendant de longues périodes. Sur Terre, la sédentarité est associée à un risque accru de maladie cardiovasculaire. Pourrait-on affirmer que les séjours dans l'espace entraînent une accélération du vieillissement? Si c'est le cas, pourrait-on tirer des missions spatiales de nouvelles données nous permettant de mieux comprendre le processus de vieillissement?   

Notre invité, le Dr Richard Hughson, chercheur financé par les IRSC, nous parle aujourd'hui de la vie dans l'espace, dont on pourrait s'inspirer afin de mieux vivre sur Terre. 

M. David Coulombe : Dr Hughson, merci d'avoir accepté notre invitation.

Dr Richard Hughson : C'est moi qui vous remercie, David.

M. David Coulombe : Vous travaillez actuellement en étroite collaboration avec l'Agence spatiale canadienne. Pourrait-on dire que les astronautes occupent des fonctions parmi les plus sédentaires qui soient?

Dr Richard Hughson : On pourrait en effet dire cela. On a tous vu des images d'astronautes flottant toute la journée dans leur station spatiale. Ces astronautes n'ont jamais à lever de lourds objets, ni même à soutenir leur propre poids lorsqu'ils se déplacent. La seule occasion pour eux de faire de l'exercice est lorsqu'ils enfourchent l'ergocycle, montent sur le tapis roulant ou utilisent un exerciseur contre résistance, ou durant une activité extravéhiculaire. Dans ce dernier cas, ils doivent exécuter des manœuvres exigeantes sur le plan physique, mais ces sorties sont plutôt rares.

M. David Coulombe : Vous avez fait beaucoup de recherches. Comment avez-vous procédé pour en arriver à ces résultats?

Dr Richard Hughson : Eh bien, notre recherche avec l'Agence spatiale a donné naissance à plusieurs projets portant sur la régulation de la tension artérielle. Actuellement, les projets se concentrent sur le vieillissement vasculaire, question qui fait partie intégrante de ma recherche avec les IRSC. En ce qui touche le vieillissement vasculaire, on fait un large usage de l'échographie pour examiner comment les propriétés des artères se modifient et pour comprendre pourquoi les artères deviennent plus rigides.

M. David Coulombe : Vous avez travaillé avec nombre d'astronautes, notamment Chris Hadfield.  Quels effets avez-vous constatés chez eux après une longue mission dans l'espace?

Dr Richard Hughson : Nous avons constaté certaines choses, dont une modification de la régulation de la pression artérielle. Quelques astronautes revenus sur Terre ont éprouvé d'importantes difficultés lors de changements de posture. Lorsqu'ils se tenaient debout, ils pouvaient avoir des étourdissements en raison d'une mauvaise irrigation et d'un manque d'oxygène au cerveau.

Un autre problème décelé, comme mentionné précédemment, est le raidissement des artères. Nous avons examiné tout particulièrement la carotide, parce que c'est cette artère qui est la plus touchée par l'inactivité physique et le changement de gradient de pression. Le raidissement de la carotide constaté chez les astronautes de retour sur Terre donne l'impression qu'elle a vieilli de 20 à 30 ans, et s'apparente grandement à ce que l'on observe chez les personnes vieillissantes. 

On observe d'importantes différences dans les mécanismes en cause par rapport à la population générale, mais aussi des similitudes à certains égards.

M. David Coulombe : Dites-nous en quoi ces constatations peuvent aider les gens à mieux vieillir.

Dr Richard Hughson : Eh bien, il est évident que l'activité physique est bénéfique. On a déterminé que les astronautes ne faisaient en fait qu'une trentaine de minutes d'exercice aérobique par jour; le reste du temps, ils flottent dans la navette spatiale. Il est clair que 30 minutes par jour, c'est nettement insuffisant.

Par ailleurs, nous venons de constater, dans notre plus récente étude, une tendance à l'augmentation de la résistance à l'insuline, problème que l'on observe justement sur Terre chez les personnes sédentaires.

M. David Coulombe : Alors, pourrait-on en conclure que plus on bouge, moins on vieillit?

Dr Richard Hughson : Les astronautes devraient sans aucun doute bouger davantage. De nombreuses études menées sur Terre révèlent que l'activité physique est bénéfique pour la  santé, et ce, à bien des égards, notamment en ce qui concerne le système cardiovasculaire, l'équilibre métabolique, les muscles, les os et les articulations. Il faut donc privilégier l'activité physique étant donné tous ses bienfaits.  

M. David Coulombe : Dr Hughson, merci beaucoup d'avoir pris le temps de répondre à mes questions.

Dr Richard Hughson : Il n'y a pas de quoi, David.

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