Le vaccin contre le virus Ebola : une réussite canadienne

Traduction d’un éditorial initialement publié dans The Hill Times le 9 novembre 2015

En décembre 2013, lorsque les premiers symptômes de la maladie à virus Ebola se sont manifestés en Guinée, dans l’ouest de l’Afrique, peu de gens auraient pu prédire l’ampleur et la gravité de l’épidémie qui a suivi, et qui s’est rapidement propagée au Liberia et à la Sierra Leone, les pays voisins.

Découvert à la fin des années 1970, le virus Ebola avait causé des flambées de cas de fièvre hémorragique en Afrique centrale, mais jusqu’à deux ans passés, aucun décès ne lui avait été attribué dans l’ouest de l’Afrique. Cependant, à mesure que la maladie gagnait du terrain, il est devenu évident que l’éclosion du virus Ebola dans l’ouest de l’Afrique allait devenir une « urgence de santé publique de portée internationale », selon les termes utilisés par l’Organisation mondiale de la santé, à moins que des mesures immédiates soient prises.

La crise de l’Ebola a placé le monde devant un défi scientifique urgent. Sans vaccin ou traitement efficace et sans coordination des efforts, il aurait été pratiquement impossible de contenir la pandémie, et encore moins d’en inverser l’évolution.

Pour le gouvernement du Canada, et en particulier pour les Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC) et l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC), les efforts mondiaux consacrés au virus Ebola ont donné l’occasion au milieu canadien de la recherche et de l’innovation de s’illustrer dans une intervention de crise.

À ce moment, les travaux des scientifiques canadiens sur le virus Ebola n’étaient pas encore visibles. Cependant, longtemps avant l’éclosion de la maladie, le Laboratoire national de microbiologie de l’ASPC avait travaillé à mettre au point un vaccin expérimental contre le virus de la stomatite vésiculaire-virus Ebola – appelé VSV-EBOV. Mais le vaccin n’avait jamais été testé sur des humains.

Les chercheurs canadiens se sont rapidement mobilisés pour soumettre le vaccin à des essais cliniques en phase I, dans le but d’en vérifier l’innocuité sur les humains. Pour mener à bien ces essais, les IRSC ont fait équipe avec l’ASPC et le Réseau canadien de recherche sur la vaccination (RCRV), situé à Halifax. 

Le RCRV a été choisi en raison de sa renommée mondiale en recherche sur les vaccins et pour son infrastructure d’intervention rapide en situation d’urgence. Cela a contribué à accélérer les processus de demande de subvention, d’évaluation par les pairs, d’approbation et de financement des essais cliniques.

Les résultats provisoires de la phase I ont démontré l’absence d’effets indésirables graves chez les sujets vaccinés. Ces conclusions sont devenues un élément clé de l’ensemble de données internationales qui a mené à la sélection du vaccin VSV-EBOV pour des essais en phases II et III, visant à en tester l’efficacité pour prévenir l’infection à virus Ebola dans le monde réel.

Tandis que la phase I débutait, des représentants des IRSC, de l’ASPC, du Centre de recherches pour le développement international (CRDI) et du ministère des Affaires étrangères, du Commerce et du Développement entamaient des pourparlers avec l’Organisation mondiale de la santé (OMS) afin d’offrir l’aide de la recherche canadienne dans la mise sur pied des essais en phases II et III sur le vaccin contre le virus Ebola dans les pays touchés. C’est la Guinée qui a été choisie comme site de l’étude, car ce pays disposait de l’infrastructure clinique nécessaire à l’exécution des essais. Il a aussi été décidé de réaliser les essais en collaboration avec la Norvège, qui possédait déjà des contacts sur le terrain, et d’utiliser une approche de vaccination en anneau, axée sur les personnes ayant été en contact avec les patients infectés.

Après avoir administré 4 394 doses du vaccin à des patients guinéens et surveillé attentivement leurs réactions, les chercheurs ont conclu que le vaccin canadien avait clairement démontré son efficacité contre la maladie. En juillet 2015, ce résultat spectaculaire a été publié dans The Lancet, une des revues médicales les plus prestigieuses au monde, qui a décrit le VSV-EBOV comme « hautement efficace et sécuritaire pour prévenir la maladie à virus Ebola ». 

Il s’agit d’un exploit pour la recherche sur les vaccins au Canada et partout dans le monde. Premièrement, cette réussite illustre concrètement comment la recherche fondamentale libre, indispensable à l’innovation, peut générer les connaissances nécessaires à la réalisation de découvertes importantes et à la résolution de problèmes urgents. Deuxièmement, cela démontre que les chercheurs en immunologie, les autorités scientifiques et technologiques et les acteurs gouvernementaux peuvent rapidement et efficacement joindre leurs efforts en situation de crise mondiale, afin de trouver des solutions rapidement.

Dans le cas de la maladie à virus Ebola, l’objectif consiste à réduire le nombre de cas à zéro. Dans la poursuite de cet objectif, le Canada n’abandonne pas ses efforts. Par exemple, les IRSC ont récemment financé 12 équipes de recherche qui examineront des moyens d’étudier les effets résiduels de l’infection à virus Ebola, d’améliorer la prévention et de mieux gérer les soins de santé en période d’éclosion de la maladie, de façon à pouvoir mieux répondre aux pandémies futures. Ce travail revêt une importance capitale en raison de la nature insaisissable du virus, qui peut disparaître et réapparaître sans avertissement. 

Le vaccin créé par le Canada contre le virus Ebola constitue une réalisation majeure. Notre pays a agi aussi rapidement que possible sans sacrifier l’intégrité du processus scientifique, en coordonnant ses efforts avec ses partenaires internationaux. Plus important encore, le vaccin canadien s’est avéré efficace et promet de sauver de nombreuses vies à l’avenir. En tant que Canadiens, nous pouvons tous nous enorgueillir du rôle déterminant joué par la recherche canadienne dans la lutte mondiale contre cette maladie mortelle.

Alain Beaudet, M.D., Ph.D.
Président des Instituts de recherche en santé du Canada

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