La fatigue musculaire : amie ou ennemie?

Comment minimiser les effets négatifs de la fatigue musculaire

6 octobre 2015

En fait, la fatigue musculaire est un mécanisme d’autodéfense protégeant le corps contre l’excès d’exercice, qui peut déclencher le mécanisme de contraction des muscles.

L’augmentation graduelle de l’activité physique sur des périodes soutenues stimule la capacité d’adaptation et d’absorption de l’acide lactique, importante source d’énergie. Ce phénomène explique pourquoi des athlètes aguerris peuvent optimiser leur endurance de force.

Le Dr Jean-Marc Renaud (en anglais seulement), chercheur financé par les IRSC œuvrant au Centre de recherche sur les maladies neuromusculaires de l'Université d'Ottawa, explore comment l'entraînement en endurance permet de développer la force et comment son étude sur la fatigue musculaire peut aider à découvrir des traitements contre la paralysie périodique hyperkaliémique (PPHK).

Transcription

David Coulombe, Spécialiste des médias, Instituts de recherche en santé du Canada

David Coulombe : Ici David Coulombe et les nouvelles des IRSC. On fait tous de la course à pied, du gym, du vélo, on fait de l’exercice, quoi. Il nous arrive tous aussi de souffrir de ce qu’on appelle la fatigue musculaire. Alors, comment expliquer cette fatigue musculaire? Aujourd’hui, je reçois le docteur Jean-Marc Renaud, chercheur financé par les Instituts de recherche en santé du Canada.

Alors, Dr Renaud, comment on explique cette fatigue musculaire?

Dr Jean-Marc Renaud, Chercheur financé par les Instituts de recherche en santé du Canada

Jean-Marc Renaud : La fatigue musculaire est en fait un mécanisme de protection des muscles pour ne pas utiliser trop d’énergie. Si on utilise trop d’énergie, on aboutit à des dommages musculaires ou jusqu’à des pertes de fibres musculaires.

David Coulombe : Alors il faut être à l’écoute de notre corps. Lorsqu’on la sent cette fatigue musculaire-là, on s’arrête?

Jean-Marc Renaud : On peut pousser, les muscles sont capables de complètement arrêter de contracter si on va trop loin. C’est très bien connu pour ceux qui frappent « le mur » lors d’un marathon.

David Coulombe : On va parler d’étirements parce qu’on entend souvent parler que les étirements avant et après l’exercice aident beaucoup à rétablir les muscles. Est-ce que c’est vrai?

Jean-Marc Renaud : À ma connaissance, les étirements sont plus importants pour les tendons pour bien s’assurer qu’ils sont flexibles lorsque l’activité commence. Les muscles n’ont pas besoin d’autant d’échauffement que les tendons.

David Coulombe : On entend souvent parler d’acide lactique. Qu’est-ce que c’est exactement?

Jean-Marc Renaud : L’acide lactique est produit lorsque les fibres musculaires produisent de l’énergie à partir d’un glucide, soit le glucose, et l’acide lactique est la première chose qui va être produite jusqu’à ce que les mitochondries puissent entrer en action et utiliser l’oxygène pour produire encore plus d’énergie. Par contre, dans un exercice très puissant, comme le hockey ou le racquetball, à ce moment-là, très souvent, les mitochondries ne sont pas actives, donc on produit énormément d’acide lactique. Contrairement à ce que les gens croient, l’acide lactique et la diminution du pH, qui est associée au fait que c’est un acide, n’ont pas d’effet au niveau de la fibre musculaire, où la force est produite. C’est plutôt au niveau de l’excitation au niveau de la membrane cellulaire qu’il y a un effet.

David Coulombe : Auriez-vous un conseil à donner aux gens qui nous regardent justement pour aider à diminuer cette fatigue dans les muscles?

Jean-Marc Renaud : En étant un mécanisme de protection, c’est très difficile d’empêcher la fatigue de se produire, à moins de pouvoir pousser à l’extrême et à ce moment-là, on va subir des dommages, mais c’est bien connu, l’entraînement à long terme va augmenter la résistance à la fatigue. Dernièrement, nous avons un nouveau phénomène qui est aigu, qui dure environ trois heures, où un exercice avec un peu de fatigue va en fait augmenter la résistance à la fatigue pour une période de trois heures. On parlait d’échauffement il y a quelques instants, peut-être au lieu de juste un échauffement, de faire un peu d’exercice. Nous croyons que c’est justement un phénomène qui active les mitochondries plus rapidement, donc produit l’énergie beaucoup plus rapidement, et la résistance à la fatigue est augmentée.

David Coulombe : Dernière question, qu’est-ce que la fameuse paralysie périodique?

Jean-Marc Renaud : La paralysie périodique est une perte d’excitabilité des fibres musculaires. C’est une protéine au niveau de la membrane cellulaire qui a eu une mutation et qui ne fonctionne plus bien. Une des paralysies périodiques est celle que nous étudions, c’est-à-dire celle qui est associée à une augmentation du potassium sanguin. C’est le potassium qui cause la paralysie où le muscle refuse complètement de se contracter, et la personne n’a pas le choix de s’étendre et d’attendre quelques heures jusqu’à quelques jours avant que ses muscles recommencent à contracter. Pour beaucoup de notre recherche sur cette paralysie, on se sert des connaissances sur la fatigue musculaire pour pouvoir essayer différents mécanismes pour aider ces patients-là à ne plus avoir de paralysie.

David Coulombe : Merci docteur Renaud!

Jean-Marc Renaud : Bienvenue.

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