Une « simple » maladresse?

Les effets du trouble de l'acquisition de la coordination sur la santé des jeunes enfants et ce que nous pouvons faire pour y remédier

3 septembre 2015

Nous avons tous connu des enfants qui ont de la difficulté à lacer leurs chaussures, se butent contre les bureaux, éprouvent des problèmes de coordination oculo-manuelle et n'arrivent pas à bien maîtriser l'écriture manuscrite. Ces difficultés peuvent faire partie du développement normal de l'enfant, l'habileté motrice de certains se développant parfois plus rapidement que pour d'autres. Toutefois, si un enfant éprouve continuellement de la difficulté à prendre part à des activités motrices de son âge, il pourrait être atteint d'un trouble de l'acquisition de la coordination (TAC).

Les enfants atteints d'un TAC peuvent sembler « maladroits » ou « gauches », et leurs problèmes de motricité risquent de constituer un obstacle à l'école et pendant les activités récréatives. Ce trouble, dont les causes sont inconnues, touche de 5 à 6 % des enfants d'âge scolaire (en particulier les garçons), ce qui veut dire qu'en moyenne, au moins un enfant en est atteint dans chaque salle de classe au Canada. Si bon nombre d'enfants qui manquent de coordination ont des capacités intellectuelles moyennes ou supérieures à la moyenne, leur difficulté à écrire ou à participer à leur cours d'éducation physique peut entraîner une grande frustration, de sorte qu'ils évitent certaines tâches ou activités complètement, y compris la socialisation avec leurs pairs.

Lorsque le Dr John Cairney du Département de médecine familiale de l'Université McMaster a entendu parler du TAC en 2003, les facteurs sociaux sont ceux qui ressortaient le plus pour lui. « Je pensais aux enfants qui éprouvaient de la difficulté à jouer avec leurs camarades parce qu'il leur manquait la coordination nécessaire pour suivre le rythme, explique-t-il. Puis, j'ai songé aux conséquences sur leur développement. Car jouer est essentiel à un développement sain. »

Tandis que le Dr Cairney commençait à s'intéresser au TAC et à l'étudier, les effets de ce trouble ont touché sa famille de près. Son neveu, un garçon brillant et actif, avait de la difficulté à l'école. « Il avait du mal à reproduire des lettres et à accomplir des tâches physiques », se rappelle le Dr Cairney, maintenant directeur du Laboratoire pour la santé des nourrissons et des enfants (INCH Lab) (en anglais seulement) à Hamilton, en Ontario. « Cela déroutait les gens », ajoute-t-il.

Caractéristiques communes du TAC :

  • Difficultés en ce qui touche la motricité globale (corps entier) ou fine (mains), ou les deux
  • Développement retardé de l'habileté motrice ou difficulté à acquérir de nouvelles habiletés motrices
  • Difficulté à pratiquer des activités nécessitant la coordination des deux côtés du corps (p. ex. utiliser une fourchette et un couteau) ou une adaptation à un environnement en évolution (p. ex. jouer au baseball)
  • Faible tolérance à la frustration, faible estime de soi ou manque de motivation en raison de la difficulté à accomplir des tâches de tous les jours

Cependant, le Dr Cairney a reconnu les symptômes d'un TAC chez son neveu. Il est important d'avoir un diagnostic, car il permet aux parents et aux éducateurs de cerner le vrai problème, puis d'obtenir le bon soutien. Il n'existe aucun médicament ni technique pour traiter un TAC, mais certains types d'ergothérapie sont essentiels. L'ergothérapie peut aider à surmonter des problèmes physiques ou de santé qui entravent les activités quotidiennes, et un ergothérapeute bien formé peut proposer des stratégies qui aideront l'enfant à effectuer des tâches ardues plus facilement. En particulier, l'approche de l'orientation cognitive au rendement occupationnel (CO-OP) peut donner des résultats positifs. Un ergothérapeute se servant de l'approche CO-OP enseigne des stratégies cognitives à l'enfant pour l'aider à mieux accomplir ses tâches. L'enfant se fixe des objectifs, comme apprendre à sauter à la corde ou à faire du vélo. Puis, il apprend à analyser quelle partie de l'activité lui pose problème et comment ajuster la position de son corps en conséquence.


Sara et Yao, étudiants au doctorat au INCH Lab, observe un enfant sur un vélo stationnaire. Le vélo est l'une des activités pratiquées par les enfants à ce laboratoire dans le cadre de l'étude Coordination and Activity Tracking in Children (CATCH) qui vise à évaluer la coordination motrice et la forme physique des enfants au fil du temps. (Source : INCH Lab).

Contrairement à ce que l'on croit, les problèmes de motricité des enfants aux prises avec un TAC ne disparaissent pas en grandissant, et ces enfants ne rattrapent pas leurs camarades avec le temps. Des études montrent que leur difficulté à acquérir de nouvelles habiletés motrices persistera à l'adolescence et à l'âge adulte. Il est donc important de cerner les bonnes interventions. En fait, des recherches montrent aussi que les problèmes ne sont pas que de nature physique; des problèmes scolaires, sociaux et affectifs surviennent souvent chez les enfants qui ne reçoivent pas l'aide dont ils ont besoin.

La forme physique est l'une des préoccupations principales du Dr Cairney en ce qui touche le TAC. Les enfants éprouvant des difficultés de coordination motrice sont plus susceptibles de souffrir d'embonpoint et d'être en mauvaise forme à l'adolescence; il importe donc de trouver des activités physiques qui correspondent à leurs habiletés. « Si les enfants ne reçoivent pas le bon soutien, ils risquent d'abandonner l'activité physique, précise le Dr Cairney, et nous savons qu'un manque d'activité physique a de graves conséquences sur la santé. »

Dans son laboratoire, le Dr Cairney mène actuellement une étude financée par les IRSC intitulée Coordination and Activity Tracking in Children (CATCH) dans le but de suivre l'évolution de la coordination motrice et de la forme physique des enfants au fil du temps. Ces derniers sont invités au laboratoire pour participer à une série de jeux et d'activités qui permettent à l'équipe du Dr Cairney d'évaluer leur équilibre, leur dextérité, leur coordination et leur forme physique. « Les enfants ne font que jouer, mais il s'agit là d'une occasion d'apprentissage », affirme le Dr Cairney. Au moyen de cette étude, qui est l'une des plus importantes sur le TAC dans le monde, le Dr Cairney espère découvrir les meilleures façons d'aider ces enfants à rester en forme et en bonne santé.

Notre compréhension du TAC et notre capacité à reconnaître ce trouble se sont beaucoup améliorées, certes, mais le Dr Cairney souligne que bien des questions de recherche demeurent sans réponse, notamment en ce qui concerne la bonne intervention à privilégier pour chaque enfant. « Les effets du TAC sont différents pour chacun », explique le Dr Cairney, car chaque enfant peut éprouver une différente combinaison de difficultés. « Nous voulons aussi comprendre le lien entre le TAC et la dépression et l'anxiété, qui sont souvent présents simultanément chez les enfants souffrant de ce trouble. Le lien est-il de nature neurologique? Est-ce une conséquence des expériences vécues par ces enfants? Est-ce génétique? Nous voulons le savoir afin d'aider les enfants atteints. »

Pour diagnostiquer un TAC, les médecins de famille et les pédiatres doivent écarter les autres causes possibles de difficulté motrice, comme d'autres troubles physiques, neurologiques ou comportementaux. Ils peuvent normalement repérer et diagnostiquer le trouble après l'âge de cinq ans, lorsque les problèmes de motricité nuisent visiblement à la participation de l'enfant à l'école et dans la cour de récréation.

Pour de plus amples renseignements sur le TAC, y compris sur les ressources pour les parents et les éducateurs [ PDF (291 Ko) - lien externe ] (en anglais seulement), rendez-vous au site Web du Centre CanChild pour la recherche sur les incapacités infantiles (en anglais seulement).

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