Discours du Dr Beaudet : Grands Défis

Seattle, 7 octobre 2014

C'est un immense privilège de faire partie du groupe d'experts d'aujourd'hui.

J'aimerais d'abord remercier M. et Mme Gates pour leur vision, leur leadership et leur détermination à faire des Grands Défis la réussite qu'ils sont devenus.

Vous vous souviendrez que c'est en 2003 à Davos, en Suisse, que M. Gates a fait l'annonce d'une initiative de recherche médicale de 200 millions de dollars : les Grands Défis en santé mondiale.

L'idée était simple, puissante et extrêmement porteuse. Avec le lancement des Grands Défis, la Fondation Gates a grandement amélioré la conscience des questions de santé mondiale et a joué un important rôle en convainquant les responsables des politiques de la valeur de la recherche et de l'innovation pour trouver des solutions à ces questions.

Votre détermination, votre engagement et l'ampleur de l'investissement étaient simplement trop grands pour être ignorés.

Vous compreniez que si des objectifs clairs étaient définis, de nouvelles idées audacieuses et le talent pourraient être mis à profit pour que les sciences et la technologie servent à résoudre certains des défis les plus ardus en santé dans le monde en développement.

Toutefois, en 2003, je doute que vous ayez pu prévoir l'effet durable que le modèle des Grands Défis a eu sur la recherche en santé en général.

À titre de président des Instituts de recherche en santé du Canada et de membre du conseil des Grands Défis, je peux affirmer que l'initiative des Grands Défis de la Fondation Bill et Melinda Gates a été à l'origine d'un remarquable changement de culture dans la manière dont les organismes de financement collaborent, fixent les priorités, évaluent les demandes de recherche et travaillent avec le secteur privé.

Je suis fier du fait que le gouvernement du Canada ait appuyé l'initiative des Grands Défis dès la première heure, et qu'il ait même été représenté au sein de son premier conseil consultatif scientifique.

Au fil des ans, il a contribué, par l'entremise des Instituts de recherche en santé du Canada (IRSC), au cofinancement de projets auxquels ont participé des chercheurs canadiens. Mais surtout, il a été à l'origine, en 2008, de la création de Grands Défis Canada (GDC).

Grands Défis Canada a été établi, dans une grande mesure grâce aux efforts du philanthrope canadien Joseph (Joe) Rotman, sur un fonds d'innovation pour le développement de 225 millions de dollars créé par le gouvernement du Canada.

Comme son organisation sœur aux États-Unis, Grands Défis Canada a pour but d'appuyer la recherche de découverte qui porte sur des problèmes de santé cruciaux au niveau mondial afin d'améliorer durablement la santé et la vie des personnes dans les pays pauvres.

Depuis son lancement relativement récent, GDC a déjà signé des ententes d'une valeur totale de 148 millions de dollars et financé 538 projets dans plus de 70 pays. Ces investissements ont déjà un impact : 1,2 million de bénéficiaires ont eu accès à des produits ou à des services innovateurs grâce à GDC, des milliers de vies ont été sauvées et des dizaines de milliers d'autres ont été améliorées.

Grands Défis Canada a bénéficié d'un solide appui de la part des leaders politiques du Canada. En fait, l'épouse du premier ministre, Mme Laureen Harper, est la présidente honoraire du programme Sauver des cerveaux.

Ce programme est un partenariat entre GDC, la Fondation Bill et Melinda Gates, la Fondation Maria Cecilia Souto Vidigal, la Fondation Bernard van Leer, la Fondation Aga Khan Canada, la Fondation Norlien et Vision mondiale Canada.

Il est conçu pour aider les enfants du monde à réaliser leur plein potentiel cognitif. On estime que le cerveau de plus de 200 millions d'enfants par année ne se développe pas complètement en raison de facteurs de risque comme la malnutrition, l'infection et les complications de la grossesse et de l'accouchement.

Avec l'annonce de financement supplémentaire aujourd'hui, programme Sauver des cerveaux a depuis son lancement en 2011 financé 72 projets de recherche pour un total de 32 millions de dollars.

Sauver des cerveaux s'inscrit en droite ligne avec la priorité de développement numéro un du premier ministre Harper : la santé des mères, des nouveau-nés et des enfants.

Il en est de même d'une autre initiative majeure de recherche en santé mondiale à laquelle je suis très fier d'avoir été associé : l'initiative Innovation pour la santé des mères et des enfants d'Afrique. Cofinancée par les IRSC, le Centre de recherches pour le développement international (CRDI) et Affaires étrangères, Commerce et Développement Canada, cette initiative de 36 millions de dollars appuiera des équipes de recherche de mise en œuvre mixtes Canada-Afrique qui détermineront collectivement les moyens les plus efficaces de renforcer l'accessibilité et la prestation de soins de première ligne de qualité dans neuf pays d'Afrique subsaharienne.

Cette initiative est fortement inspirée de l'approche des Grands Défis : un problème de santé considérable dans le monde en développement a d'abord a été cerné, et la recherche de solutions pratiques pour le résoudre a ensuite été entreprise. L'initiative est aussi centrée dans des pays où le Canada réalise déjà des programmes de développement en santé, si bien que les interventions fructueuses pourront être portées à grande échelle.

Cette initiative illustre également l'effet transformateur que les Grands Défis ont eu sur la culture de collaboration entre les organismes canadiens dans le domaine de la recherche en santé mondiale.

D'autres exemples sont le partenariat entre la Fondation Bill et Melinda Gates, les IRSC, Affaires étrangères, Commerce et Développement Canada, et l'Agence de la santé publique du Canada pour appuyer l'initiative de vaccin contre le VIH.

Il y a aussi le partenariat entre GDC, les IRSC et le CRDI en appui à des initiatives de recherche interventionnelle sur l'hypertension artérielle et le diabète, dans le cadre de l'Alliance mondiale contre les maladies chroniques (AMMC), un conglomérat d'organismes de financement de la recherche en santé.

L'innovation est essentielle à la croissance économique et à l'amélioration de la santé et de la qualité de vie dans les pays en développement. De même, les innovations qui ont leur origine dans des pays à revenu faible ou intermédiaire peuvent aussi offrir des solutions dans les pays à revenu élevé. Il est essentiel d'explorer des façons de mieux tirer parti de cette innovation inverse (ou ce qu'on appelle plus couramment aujourd'hui apprentissage réciproque) dans les pays industrialisés, en particulier pour les populations vulnérables, chez qui les problématiques de santé ressemblent souvent à celles qui existent dans le monde en développement.

Alors que nous entrons dans la prochaine phase des Grands Défis, je pense qu'il est important de nous inspirer des succès et des enseignements tirés.

L'innovation est connue pour se nourrir de deux facteurs essentiels : la multidisciplinarité et le multiculturalisme. D'où l'importance de former des équipes de chercheurs provenant de divers horizons et possédant une expertise différente.

Je suis convaincu que les solutions aux problèmes de santé dans les pays à revenu faible ou intermédiaire proviendront au bout du compte de la perspective culturelle unique dans laquelle ces pays permettront eux-mêmes de les aborder. Il est donc crucial de renforcer la capacité de recherche dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, et d'intégrer des modèles de connaissances et d'application des connaissances qui diffèrent de notre façon de penser occidentale.

Enfin, l'innovation n'est valable que dans la mesure où elle peut être mise en application. C'est pourquoi je pense que nous devrions accorder beaucoup plus d'attention au nouveau domaine de recherche que sont les sciences de la mise en œuvre, et faire tout notre possible pour que les utilisateurs de la recherche et les décideurs participent dès le départ à l'établissement du programme de recherche.

M. et Mme Gates nous ont tracé une voie que nous ne pouvions ignorer et proposé un défi que nous devions accepter ainsi qu'un modèle qui s'est révélé remarquablement efficace.

Le Canada a grandement tiré profit de leur exemple. Par contre, si nous voulons nous assurer que nos engagements mènent à des gains durables, nous devons continuer de rechercher de nouvelles possibilités, de profiter de nouvelles collaborations et de soutenir de nouvelles idées audacieuses sans craindre d'échouer.

Parce que nous croyons résolument qu'il n'y pas de bonne santé, sinon de bonne santé pour tous.

Merci.

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