Vaincre la douleur

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Qui? Yves De Koninck, professeur titulaire de psychiatrie et neurosciences à l'Université Laval, professeur associé de pharmacologie et thérapeutique de l'Université McGill, directeur de l'unité de neurosciences cellulaires et moléculaires à l'Institut universitaire en santé mentale de Québec et directeur du Réseau québécois de recherche sur la douleur.

Quel est le problème à l'étude?
Les douleurs non-contrôlées continuent d'être le facteur débilitant principal qui mine la qualité de vie des gens. La douleur chronique affecte plus de 20% de la population canadienne, entrainant des coûts socio-économiques énormes.  Plusieurs syndromes de douleur chronique demeurent inadéquatement traités; on réussit rarement à produire un contrôle complet de ces douleurs et l'incidence des effets secondaires des traitements demeure très élevée.

Quelle est la recherche?
Nos travaux de recherche financés par les IRSC visent à comprendre qu'est-ce qui fait défaut au sein du système nerveux dans le cadre des syndromes de douleurs chroniques et qui fait en sorte qu'un signal douloureux normal devient insupportable (hyperalgésie) ou qu'un signal normalement non-douloureux puisse déclencher des douleurs aberrantes (allodynie) hautement débilitantes.

Quel est l'impact? 
Nos travaux ont montré notamment que suite à une lésion de nerf ou de la moelle épinière, d'une inflammation périphérique ou d‘un diabète, voire même suite à certaines médications prolongées, un processus d'inflammation se produit au sein de la moelle épinière. Ce processus d'inflammation engendre une cascade d'événements menant à une perte de contrôle inhibiteur sur les neurones de relais du signal douloureux vers le cerveau. Cette perte de contrôle résulte de la dysfonction d'une protéine appelée le KCC2 (Nature 2003, Nature 2005, Nature Neuroscience 2013) et fait en sorte que les neurones de relais de la douleur réagissent de manière erronée et exagérée, engendrant un signal interprété anormalement par notre cerveau comme de la douleur. Ces travaux ont mené à l'élaboration d'un programme de dépistage et de développement systématique de nouveaux composés venant restaurer la fonction du KCC2 pour rétablir le contrôle inhibiteur normal de notre système nerveux. De cet effort ont émergé plusieurs analgésiques potentiels actuellement à l'étude au sein de notre équipe afin de pouvoir produire de nouveaux médicaments contre la douleur chronique.

Nos travaux de recherche s'ajoutent à ceux de plusieurs autres groupes montrant que la douleur chronique est due à un mauvais fonctionnement du système nerveux central (cerveau et moelle épinière). Ainsi, la douleur chronique doit être considérée comme une maladie en soi et traitée comme telle. Cela représente un changement de paradigme important par rapport à la vision antérieur selon laquelle la douleur n'est qu'un signal d'alarme, conséquence d'un autre problème, pas un problème en soi. Avec cette conscientisation, qui résulte de travaux de recherche purs, on assiste à une transformation de notre système de santé, de l'organisation des soins ainsi que des orientations du secteur industriel, tout cela au bénéfice des patients pris avec un problème qui mine complètement leur vie.

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