Conclusions

Évaluation à mi-parcours de l'Initiative de recherche stratégique sur la capacité d'intervention en cas de pandémie

[ Table des matières ]

Le but de cette évaluation à mi-parcours consistait à évaluer la structure et la mise en oeuvre générales de l'Initiative de recherche stratégique sur la capacité d'intervention en cas de pandémie pour permettre aux IRSC de prendre des décisions éclairées quant au développement du programme et de cerner les aspects susceptibles d'amélioration. À mi-chemin de cette initiative sur cinq ans, et en tenant compte de son objectif principal d'améliorer les capacités de prévention et d'intervention du Canada en matière de grippe pandémique, on peut déjà formuler certaines conclusions. Ces conclusions indiquent, à la lumière des réponses aux questions d'évaluation, dans quelle mesure l'IRSCIP a produit les extrants et les résultats à court terme souhaités.

4.1 Dans quelle mesure l'établissement des priorités de l'IRSCIP a-t-il été efficace?

Résultats : Les résultats de l'évaluation montrent que des modèles organisationnels efficaces ont été élaborés et mis sur pied dans la plupart des domaines afin de faciliter l'établissement et la mise en oeuvre de priorités stratégiques pour la recherche sur les pandémies. Les mécanismes d'établissement de priorités étaient inclusifs et efficaces et ont permis de dresser une liste de priorités solide qui reflète un large consensus. Certaines personnes ont toutefois indiqué d'autres priorités et exprimé leur inquiétude quant à la dilution de ressources précieuses dans des domaines définis de manière trop générale.

Les priorités de l'IRSCIP ont été intégrées à des possibilités de financement qui permettent de tirer profit des structures et des programmes existants, autant au sein des IRSC qu'à l'extérieur. Ainsi, les IRSC ont pu lancer des possibilités de financement attirantes et actuelles aux yeux des chercheurs.

La majorité des personnes interrogées jugent que les processus d'établissement de priorités n'ont donné lieu à aucun conflit d'intérêts, mais un petit nombre de chercheurs du domaine des pandémies font exception à cette règle.

Suggestions d'amélioration : Il serait peut-être pertinent de revoir les priorités stratégiques pour la recherche sur la grippe et les pandémies en tenant compte des forces des projets financés jusqu'à maintenant, des lacunes qui n'ont pas été comblées et des questions émergentes1.

4.2 Dans quelle mesure l'IRSCIP a-t-elle favorisé l'établissement de partenariats nationaux et internationaux?

Résultats : L'IRSCIP a favorisé l'établissement de partenariats efficaces avec l'Agence de la santé publique du Canada, l'Agence canadienne d'inspection des aliments et la Fondation pour la recherche en santé. Ces partenariats ont donné lieu à des possibilités de financement conjointes qui répondaient aux intérêts de tous les partenaires et ont permis de mobiliser des fonds considérables, lesquels ont plus que doublé les montants alloués par les IRSC pour la recherche sur la capacité d'intervention en cas de pandémie.

La création de liens avec des groupes de recherche internationaux sur la capacité d'intervention en cas de pandémie n'a pas été aussi fructueuse que prévu à ce jour, et ce n'est pas en raison d'un manque d'efforts ou de volonté. En ce qui concerne l'aspect institutionnel, les résultats de l'évaluation témoignent de la nécessité de tenir compte de la complexité et des délais associés aux partenariats internationaux lors de la conception et de la mise en oeuvre du programme. En ce qui concerne la recherche subventionnée, moins de 30 % des chercheurs jugent que l'IRSCIP leur a permis de renforcer leurs collaborations internationales. Les partenariats en ce qui concerne les chercheurs tendaient à être concentrés surtout dans des pays possédant déjà une capacité de recherche. Près du tiers des projets subventionnés ont permis à des stagiaires de participer à des collaborations internationales.

Suggestions d'amélioration : Ces résultats montrent que les IRSC devront poursuivre leurs efforts pour nouer des liens avec des organismes internationaux dans le cadre de l'IRSCIP et consolider leur partenariat avec le CRDI. Les IRSC pourraient faire appel aux chercheurs qui participent à des collaborations internationales dans le cadre de l'IRSCIP pour établir des stratégies permettant de nouer plus de liens à l'échelle internationale dans l'ensemble de l'IRSCIP.

4.3 Dans quelle mesure la structure de l'IRSCIP était-elle appropriée?

Résultats : La structure de l'IRSCIP a servi de tremplin pour l'obtention des résultats à court terme désirés, bien que certains d'entre eux n'aient pas été totalement atteints. Parmi les premiers résultats obtenus, on remarque l'élaboration d'un programme de recherche national sur la capacité d'intervention en cas de pandémie beaucoup plus concerté qu'il ne l'aurait été en l'absence de l'IRSCIP, car 1) les partenaires n'avaient jamais collaboré auparavant dans ce domaine; 2) l'IMII a travaillé activement et adapté ses projets pour susciter l'adhésion de partenaires et assurer leur participation à long terme. La structure de ce programme de recherche national (mais pas nécessairement sa mise en oeuvre) touche les quatre volets des IRSC (biomédical, clinique, systèmes et services de santé ainsi que santé publique et des populations). Le programme a probablement réduit les chevauchements dans les initiatives de financement offertes aux chercheurs canadiens du domaine des pandémies et a combiné efficacement des ressources en provenance de sources diverses.

Suggestions d'amélioration : Il y aurait lieu d'explorer les facteurs qui expliquent la faible participation à certaines composantes du programme, car ils peuvent découler de problèmes structurels. À part cet aspect, la structure du programme a jusqu'à maintenant été très fructueuse; rien ne semble indiquer que des changements majeurs soient nécessaires.

4.4 Les résultats souhaités pour chaque possibilité de financement ont-ils été atteints?

Résultats : Dans le cadre de l'IRSCIP, les IRSC ont lancé avec succès quelque 30 possibilités de financement reflétant les priorités de recherche stratégique. Ces possibilités ont été lancées à temps malgré des délais très serrés. L'élaboration en cinq ans seulement d'une initiative majeure et ciblée comportant des volets multiples présentait des difficultés considérables; bien que la majorité d'entre elles aient été surmontées, la durée de certaines subventions a dû être revue à la baisse.

La majorité des possibilités de financement ont rejoint les chercheurs ciblés, qui ont effectivement présenté des demandes. On remarque toutefois un manque d'information entourant le programme, et certains résultats indiquent que la communication n'a pas été optimale.

La participation des chercheurs à la gamme de possibilités de financement offertes dans le cadre de l'IRSCIP a permis de subventionner un grand nombre de projets. Le taux de financement relativement élevé des demandes méritoires sur le plan scientifique semble confirmer la nécessité, constatée par le groupe de travail, de développer davantage la capacité de recherche. Par ailleurs, le peu de demandes reçues dans certains domaines considérés comme ayant des lacunes importantes sur le plan des connaissances s'est traduit par une absence de recherche ciblée dans ces domaines. Ainsi, il pourrait être nécessaire d'élaborer de nouvelles stratégies qui permettront de réaliser les percées essentielles à des interventions efficaces en cas de pandémie, particulièrement dans le domaine des mesures de santé publique.

Les résultats de l'évaluation montrent que la capacité de recherche se développe grâce à plusieurs moyens. On estime que de 150 à 200 stagiaires participent actuellement à la recherche sur la capacité d'intervention en cas de pandémie dans le cadre de l'IRSCIP, soit une moyenne d'environ 2,5 stagiaires par projet subventionné. L'IRSCIP contribue également à l'intégration de nouveaux collaborateurs et à la réorientation des domaines de recherche.

Suggestions d'amélioration : Dans certains domaines précis, il serait souhaitable de faire preuve de plus de dynamisme dans le développement de la capacité et la promotion de la recherche sur les pandémies dans une optique de santé publique, notamment en privilégiant des approches de formation à long terme et en aidant les intéressés dans la présentation des demandes. On pourrait insister davantage sur l'inclusion de la formation dans l'ensemble des composantes de l'IRSCIP, car environ 15 % des projets subventionnés ne comportent aucun stagiaire. Il y aurait aussi lieu de revoir les communications entourant le programme de façon à mieux renseigner les chercheurs et à attirer leur attention sur les caractéristiques propres à chaque possibilité de financement.

4.5 Dans quelle mesure les activités de réseautage et d'AC menées dans le cadre de l'IRSCIP sont-elles fructueuses?

Résultats : Les activités de réseautage de l'IRSCIP, y compris les ateliers d'élaboration de demandes et particulièrement la première rencontre annuelle des chercheurs et des utilisateurs de la recherche, ont remporté un succès majeur. Elles sont perçues comme des activités novatrices qui procurent des avantages immédiats et potentiels aux chercheurs, aux stagiaires et aux utilisateurs de la recherche.

Il est trop tôt pour savoir si l'IRSCIP – en tant qu'initiative stratégique ciblée dans le cadre de laquelle, en principe, tous les projets subventionnés contribuent directement ou indirectement, immédiatement ou à terme à la capacité d'intervention en cas de pandémie – maximise l'application des connaissances et favorise ainsi l'atteinte de l'objectif de la stratégie sur la grippe aviaire et pandémique, soit une réduction de la mortalité et des perturbations sociales associées à une pandémie de grippe. Néanmoins, une part importante des projets subventionnés (environ les trois quarts) comprennent des plans d'application des connaissances, et près des deux tiers (66 %) sont réalisés avec la participation d'utilisateurs finaux. L'IMII juge que de tels résultats constituent une amélioration marquée par rapport aux programmes non ciblés existants. En effet, certaines possibilités de financement de l'IRSCIP exigeaient la présence d'une composante d'AC, et d'autres l'encourageaient fortement. Des événements comme la première rencontre annuelle des chercheurs et des utilisateurs finaux contribuent également à accroître le potentiel d'application des connaissances. On remarque toutefois une très faible utilisation des outils de financement offerts pour favoriser l'application des connaissances dans le cadre de l'IRSCIP.

Suggestions d'amélioration : Autant que possible, les activités de réseautage de l'IRSCIP doivent se poursuivre et être étendues2. Une évaluation des besoins pourrait contribuer à définir les obstacles et les incitatifs3 associés à une intégration efficace de l'AC et des utilisateurs finaux, particulièrement chez les chercheurs étudiant les vaccins et le virus. De plus, on peut envisager l'élaboration et la mise en oeuvre de possibilités de développement des compétences en matière d'AC des chercheurs et des utilisateurs de la recherche, notamment par l'intermédiaire d'ateliers4. Par ailleurs, on pourrait accroître la participation aux possibilités de financement en AC de l'IRSCIP en faisant la promotion de l'AC et des possibilités de développement de la capacité d'AC directement auprès des chercheurs subventionnés. Ces efforts doivent viser en priorité les chercheurs dont le financement prendra fin en 2009. Les IRSC pourraient également envisager d'offrir des incitatifs financiers pour l'intégration de l'AC, en exigeant par exemple qu'une certaine portion des fonds obtenus soit utilisée pour l'AC.

4.6 Conclusion générale

Dans l'ensemble, la structure, l'exécution et les extrants initiaux de l'IRSCIP permettent d'atteindre les grands objectifs du programme, soit l'amélioration de la capacité d'intervention du Canada en cas de pandémie et l'augmentation de la capacité de recherche sur la capacité d'intervention en cas de pandémie.

Il y a lieu d'accroître le soutien ou d'adopter des stratégies de rechange concernant les domaines suivants afin de maximiser leur contribution aux objectifs de l'IRSCIP : élaboration d'un programme de recherche concertée à l'échelle internationale, facilitation de la recherche sur la capacité d'intervention en cas de pandémie dans une optique de santé publique et adoption d'un plus grand nombre d'éléments de la stratégie d'AC de l'IRSCIP par le milieu de la recherche sur la grippe. On pourrait également miser davantage sur la participation de stagiaires et sur d'autres stratégies pour développer les capacités, puisque certaines données laissent entendre qu'un plus grand nombre de demandes serait souhaitable. De plus, les communications dans le cadre de l'IRSCIP doivent être suffisamment efficaces pour que les chercheurs soient au courant de l'initiative et de toutes ses particularités.

Les résultats de l'évaluation montrent que l'IRSCIP a obtenu un succès particulièrement important dans l'établissement de partenariats solides et productifs avec des agences nationales, l'atteinte d'un consensus sur les priorités de recherche et l'élaboration d'outils pour la mise en oeuvre de ces priorités. Elle a également créé des tremplins favorisant le réseautage et d'éventuelles collaborations entre les chercheurs, les stagiaires et les utilisateurs potentiels de la recherche. De plus, elle a permis la mobilisation de ressources considérables pour la recherche sur la capacité d'intervention en cas de pandémie et le financement d'excellents projets de recherche. Ces mesures efficaces constituent une base solide pour assurer le succès continu de l'IRSCIP.

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  1. Le processus d'établissement des priorités de l'IRSCIP comprenait tous les éléments que Sibbald et al. (2009) jugent essentiels au succès des processus d'établissement de priorités en matière de soins de santé (participation des intervenants, clarté du processus, gestion de l'information et prise en compte des valeurs et du contexte), à l'exception de mécanismes de révision ou d'appel.
  2. Les partenariats entre chercheurs et utilisateurs finaux jouent un rôle déterminant dans l'application des connaissances issues de la recherche aux politiques et aux pratiques. Ces partenariats sont particulièrement efficaces lorsqu'ils comportent un volet personnel ne se limitant pas à des communications écrites. Kalucy et al. Exploring the impact of primary health care research (anglais seulement), 2009. Jacobsen, N. et al. « Development of a framework for knowledge translation: understanding user context », Journal of Health Services Research & Policy, vol. 8, nº 2, 2003, p. 94-99.
  3. Les obstacles professionnels et personnels doivent être inclus au même titre que les obstacles organisationnels : Butterill et Goering, 2004. (anglais seulement)
  4. Certains cadres et outils existants pourraient être adaptés au contexte de la capacité d'intervention en cas de pandémie, par exemple : A Guide for Developing Health Research Knowledge Translation Plans (anglais seulement); Knowledge Transfer Research Template Plan (anglais seulement).
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