Résultats

Évaluation à mi-parcours de l'Initiative de recherche stratégique sur la capacité d'intervention en cas de pandémie

[ Table des matières ]

3.1 Efficacité de l'établissement de priorités

Efficacité des processus d'établissement des priorités de recherche de l'IRSCIP

Survol des étapes ayant mené à l'établissement de priorités

Atelier d'établissement de priorités. Le processus d'établissement des priorités de l'IRSCIP a débuté en septembre 2005 par l'Atelier sur les priorités de la recherche sur l'influenza, organisé par les IRSC de concert avec l'Agence de la santé publique du Canada (ASPC) et de l'Association canadienne pour la recherche et l'évaluation en immunisation (CAIRE). Cet atelier a réuni quelque 66 participants canadiens, américains et européens, représentant des chercheurs, des systèmes de soins de santé et des établissements publics de toutes sortes, ainsi que le secteur privé. Cette activité a permis de cerner dix domaines prioritaires, chacun d'entre eux accompagné d'une justification et d'une analyse des infrastructures requises. Voici les domaines retenus :

  • Caractérisation et écologie du virus de la grippe
  • Transmission du virus de la grippe
  • Mesures préventives de santé publique
  • Amélioration des tests de diagnostic rapides
  • Prise en charge clinique des patients atteints de la grippe
  • Mise au point et usage optimal des antiviraux
  • Capacité d'intervention du système de santé
  • Plus grande efficacité et meilleure acceptabilité des vaccins contre la grippe
  • Programmes d'immunisation
  • Préparation d'un vaccin en vue d'une pandémie

Les participants ont également convenu de la prochaine étape que les IRSC et l'ASPC devraient entreprendre en 2006, soit « mettre au point des approches stratégiques en vue de trouver des mécanismes et des possibilités de financement et d'établir des liens nationaux et internationaux pour les priorités de recherche définies ».

L'évaluation des résultats de l'atelier a été plutôt positive. Par exemple, 34 des 44 répondants ont confirmé que les objectifs généraux de l'atelier avaient été atteints et qu'une liste claire des prochaines étapes avait été établie. Le rapport d'évaluation fait toutefois état de la nécessité de préciser et de hiérarchiser davantage les dix domaines prioritaires, recommandation formulée à la lumière de commentaires selon lesquels la liste était trop exhaustive pour le financement disponible1.

Groupe de travail. Le groupe de travail, formé en juin 2006, s'est réuni huit fois du 16 juin au 31 août. Il comprenait initialement quatre membres, soit un membre du conseil consultatif de l'IMII, deux autres chercheurs et un représentant de l'ASPC. Le groupe estimait toutefois manquer d'expertise en sciences sociales, en recherche sur les services de santé et en éthique; un autre chercheur a donc été ajouté. Le directeur scientifique de l'IMII était membre d'office du groupe, et cinq employés des IRSC et de l'ASPC ont également participé aux réunions.

Après l'Atelier sur les priorités de la recherche sur l'influenza, le groupe de travail devait établir une série de priorités de recherche stratégiques pour l'IRSCIP. Ce mandat a été réalisé dans le cadre de plusieurs réunions. Une première liste comprenant huit catégories2 a ensuite été peaufinée à la lumière des commentaires des membres et de consultations auprès des principaux organismes concernés, notamment la Fondation pour la recherche en santé des Compagnies de recherche pharmaceutique du Canada (Rx&D), l'Agence canadienne d'inspection des aliments et le Partenariat de recherche de l'Asie sur la grippe pandémique du Centre de recherches pour le développement international3. Le groupe de travail a ensuite envoyé une liste provisoire des priorités de recherche stratégique sur la capacité d'intervention en cas de pandémie à l'Équipe canadienne de recherche d'intervention rapide (ECRIR)4 et aux membres ad hoc de l'ECRIR spécialisés dans le domaine de la capacité d'intervention en cas de pandémie, soit 21 personnes représentant 12 organisations. Seize d'entre elles ont répondu à la demande de consultation, et la majorité a confirmé que toutes les priorités provisoires établies par le groupe de travail constituaient des priorités de recherche canadiennes5. Ce processus a permis l'établissement de la liste de priorités stratégiques qui se trouve à la section 1.2.1. Certaines priorités couvrent plus d'une catégorie issue de l'atelier, et une grande importance est accordée au développement de capacités.

Processus d'établissement de priorités : perception des intervenants

En général, les intervenants clés interviewés dans le cadre de l'évaluation considèrent que le processus d'établissement des priorités a été efficace. Le caractère inclusif du processus, et plus particulièrement de l'atelier d'établissement de priorités mené en 2005, a fait l'objet de commentaires très positifs, car il a permis d'intégrer non seulement les principaux groupes de chercheurs et d'intervenants traditionnellement associés à la recherche sur la grippe au Canada, mais aussi d'autres chercheurs et intervenants « hors du groupe habituel ». Les seules exceptions relevées sont la faible représentation de la recherche sur les services de santé et la santé des populations, et le fait que les priorités ciblaient principalement la santé humaine plutôt que la recherche sur les animaux ou sur les interactions entre les humains et les animaux. Le moment choisi pour l'atelier a également été perçu positivement, car il coïncidait avec les activités de réflexion et de mobilisation d'organismes partenaires, notamment l'ASPC et l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA). Les répondants considèrent toutefois que le caractère inclusif du processus comportait un désavantage : les priorités établies étaient très vastes et s'apparentaient « davantage à des catégories qu'à des priorités »; « tout ce que nous avons fait, c'est dresser la liste de toutes les questions demeurées sans réponse en ce qui concerne la recherche sur la grippe ». Malgré le fait qu'on avait veillé à ce que l'ampleur des priorités touche la plupart des chercheurs concernés, certains répondants croient que ces dernières n'étaient pas suffisamment circonscrites pour leur permettre de cibler les investissements de manière stratégique. Cet aspect a également été mentionné dans les commentaires de l'un des comités d'examen par les pairs6.

Les résultats des entrevues et l'examen de la documentation7 montrent que les IRSC ont voulu éviter les risques dans leur stratégie d'établissement des priorités de l'IRSCIP, en subventionnant la recherche susceptible de produire des résultats majeurs à court terme. Les répondants ont également perçu dans l'ampleur des priorités une approche très prudente : en ouvrant le champ des domaines subventionnables, on maximisait les chances de réaliser des percées. Cette approche semble attribuable à la fois au besoin urgent de se préparer pour une éventuelle pandémie et aux contraintes de temps liées au financement.

Caractère approprié et efficacité du groupe de travail

Les intervenants clés qui faisaient partie du groupe de travail ou avaient participé aux réunions ont mentionné que ce groupe avait été créé conformément aux recommandations du conseil consultatif de l'IMII, lequel a souligné l'importance d'inclure les quatre domaines des IRSC, y compris la recherche clinique et la recherche en sciences sociales. Les intervenants ont confirmé que la composition du groupe était appropriée.

Un intervenant clé a mentionné qu'il s'était écoulé beaucoup de temps entre l'atelier d'établissement de priorités et le lancement des possibilités de financement, ajoutant que ce délai avait déçu les attentes élevées exprimées à la fin de l'atelier. D'autres personnes ont toutefois relevé le fait que l'atelier avait eu lieu avant que le financement soit confirmé. En tenant compte du temps requis pour obtenir l'approbation du Conseil du Trésor, elles affirment que le processus s'est déroulé aussi rapidement que les circonstances le permettaient.

Les intervenants clés qui connaissaient bien les méthodes du groupe de travail étaient d'avis que celui-ci avait fonctionné efficacement, en déployant des efforts considérables au cours de l'été 2006. Quant aux membres du groupe de travail, ils ont observé que bien qu'ils étaient spécialisés dans des domaines différents, ils ont pris leur rôle au sérieux et collaboré pour produire un énoncé de priorités qui reflétait non pas leurs intérêts individuels, mais bien les intérêts collectifs du milieu de la recherche sur les pandémies. Pour certains, le groupe était animé par une volonté de ne pas répéter les erreurs commises lors de l'éclosion de SRAS au Canada et des interventions qui ont suivi en matière de recherche8. Les intervenants qui ne faisaient pas partie du processus, pour leur part, se sont dits impressionnés par les résultats obtenus par le groupe, particulièrement en ce qui concerne les efforts du personnel de l'IMII visant le développement de liens avec des organismes partenaires et ayant mené à l'élaboration d'un programme de recherche concertée.

Conflits d'intérêts dans l'établissement de priorités

Bien que ce ne soit pas l'opinion de la majorité, certains intervenants clés s'inquiétaient de la possibilité de conflits d'intérêts (perçus ou réels) dans le processus d'établissement de priorités, en ce que certaines personnes ayant contribué de façon importante à l'établissement des priorités seraient également susceptibles de recevoir du financement en raison de ces mêmes priorités. Par exemple, un des membres du groupe de travail a mentionné que, du point de vue de son établissement, il était inhabituel que les chercheurs susceptibles de recevoir du financement dans le cadre d'un programme soit appelés à participer à l'établissement des priorités de ce même programme. Cet aspect inquiétait également l'IMII : étant donné le petit nombre de chercheurs canadiens dans ce domaine, les chercheurs susceptibles de recevoir du financement participaient aussi à l'atelier d'établissement de priorités et étaient membres du groupe de travail et des comités d'examen par les pairs (dans les deux derniers cas, en respectant les directives habituelles des IRSC en matière de conflits d'intérêts)9. C'est pourquoi l'un des éléments qu'on demandait aux chercheurs d'évaluer dans le sondage était leur perception d'un conflit d'intérêts quant à la structure du programme et à l'examen des demandes.

Les résultats du sondage montrent que 23 % des répondants ont affirmé ne pas savoir si la structure de l'IRSCIP avait donné lieu à un conflit d'intérêts et que 40 % ignoraient si l'examen des demandes avait donné lieu à un conflit d'intérêts. Ces chiffres ne sont pas surprenants, car la plupart des répondants n'ont participé à aucun de ces processus. Parmi les personnes en mesure de répondre à ces questions, un peu moins de 15 % ont déclaré que la structure de l'IRSCIP ou l'examen des demandes avait donné lieu à un conflit d'intérêts (tableau 7). Comme on pouvait s'y attendre, les candidats non financés ont exprimé une opinion plus négative que les candidats financés (les données ne figurent pas ici comme il s'agit de nombres inférieurs à cinq). Il serait facile de réagir en minimisant l'opinion des candidats non financés en estimant que celle-ci ne fait que refléter leur déception; toutefois, étant donné la dimension relative du groupe de candidats non financés ayant répondu au sondage, toute perception de conflits d'intérêts doit être prise au sérieux. Cela dit, près de 85 % des chercheurs ciblés par l'IRSCIP n'ont perçu aucun conflit d'intérêts.

[ Tableau 7 : Perception de conflits d'intérêts chez les chercheurs (n = 127 candidats) ]

Pertinence et caractère approprié des priorités choisies

Les intervenants clés ont affirmé que les priorités choisies pour l'IRSCIP reflétaient de façon adéquate et « fidèle » le processus d'établissement de priorités et que chacune d'entre elles était importante. Plusieurs répondants ont de nouveau mentionné l'ampleur des priorités et indiqué deux de ses conséquences possibles : d'une part, la dilution du financement; d'autre part, la diminution de l'efficacité du programme, car le financement n'a pu être focalisé sur des questions de recherche précises et très ciblées. D'un autre côté, les répondants ont tout de même relevé des lacunes dans l'énoncé des priorités. D'autres ont également souligné des disparités de financement entre les priorités, faisant en sorte que certains domaines ont été plus financés que d'autres. Selon certains des intervenants clés, ces inégalités reflètent peut-être la capacité de recherche existante : en cinq ans, on ne pouvait stimuler la recherche dans les domaines pour lesquels aucune demande n'avait été reçue; ainsi, on a accordé une plus grande proportion de financement aux domaines pour lesquels plus de demandes avaient été reçues et avaient réussi l'examen par les pairs. De plus, comme l'ont laissé entendre certaines personnes interviewées, le processus d'examen par les pairs pour les possibilités de financement touchant plusieurs disciplines a pu contribuer aux inégalités dans le financement. Certains ont notamment indiqué que les questions éthiques occupaient une place disproportionnée dans l'ensemble de la recherche, mais d'autres ont applaudi l'inclusion de ce domaine et souligné son importance.

Dans le sondage mené auprès des chercheurs, 13 candidats financés (16 %), 18 candidats non retenus (40 %) et deux non-candidats (soit 33 personnes ou 24 % au total) ont affirmé que certaines priorités de recherche importantes ne figuraient pas dans l'énoncé des priorités de l'IRSCIP. Les lacunes mentionnées touchent notamment (par ordre décroissant de fréquence) :

  • les systèmes immunitaires et l'immunisation;
  • certaines méthodologies, notamment la modélisation;
  • les questions internationales associées aux pandémies et les collaborations internationales;
  • les systèmes de surveillance et l'épidémiologie appliquée;
  • la transmission du virus des animaux aux humains;
  • la gestion des épidémies;
  • les dimensions comportementale, sociale, éthique et politique des pandémies.

Ces lacunes s'apparentent à celles qu'ont citées les intervenants clés, notamment les interactions entre les animaux et les humains et les questions relatives aux animaux, la recherche sur la surveillance, la recherche clinique sur la prévention et le traitement ainsi que les questions juridiques.

Certaines lacunes relevées à la fois par les chercheurs et par les intervenants clés touchent des thèmes de recherche dont le groupe de travail a discuté,10 mais qui n'ont pas été retenus dans la liste définitive des priorités de l'IRSCIP : la gestion des épidémies, la transmission du virus des animaux aux humains et la modélisation. Les intervenants clés ont mentionné que ces deux derniers thèmes avaient été examinés par le groupe de travail mais exclus de la recherche subventionnée.

On a également demandé aux chercheurs quels domaines prioritaires de la recherche sur la capacité d'intervention en cas de pandémie seraient les plus importants pour les cinq prochaines années. Les répondants devaient évaluer l'importance des priorités existantes de l'IRSCIP, puis proposer des priorités supplémentaires et évaluer leur importance en fonction des autres. Les données du tableau 8 confirment que les priorités existantes demeurent celles qui sont considérées comme les plus importantes, la catégorie « prévention et traitement » se classant en tête de liste. La moitié (50 %) des répondants (dont 39 % ont déclaré effectuer des travaux dans ce domaine) ont accordé une importance élevée à la « dimensions éthique, juridique ou sociale » de la capacité d'intervention en cas de pandémie.

[ Tableau 8 : Importance des domaines prioritaires de la recherche sur la capacité d'intervention en cas de pandémie pour les cinq prochaines années selon les chercheurs (n = 157) ]

Soixante répondants (38 %) ont proposé d'autres domaines prioritaires (dont certains pourraient en fait être considérés comme des sous-catégories des domaines existants). Ils ont été regroupés en plusieurs catégories. La catégorie mentionnée le plus fréquemment est la recherche concernant certains aspects de la grippe et de la gestion des pandémies dans une optique de santé publique, qui correspond aux domaines « mesures préventives de santé publique » (interventions non pharmaceutiques visant à réduire l'exposition au virus et les risques d'infection) et « capacité de réaction » (capacité du système de soins de santé de répondre rapidement et efficacement à une demande accrue de ressources au cours d'épidémies) cernés lors de l'atelier d'établissement de priorités11. Cette catégorie pourrait également comprendre la recherche sur la surveillance en temps réel et la capacité de surveillance, aussi mentionnées par plusieurs répondants au sondage et établies comme une lacune par les intervenants clés interviewés. La recherche concernant l'utilisation de méthodologies précises a également été mentionnée fréquemment comme priorité, tout comme la recherche sur les dimensions comportementale, sociale et éthique des pandémies. Plusieurs répondants ont également indiqué que la recherche de base sur le système immunitaire constituait une priorité (les « effets du traitement sur les réponses immunitaires à l'infection » faisaient partie de la priorité « mise au point et usage optimal des antiviraux » établie à l'atelier d'établissement de priorités12, mais ils ont été exclus de la possibilité de financement)13. Les questions mondiales ou internationales ainsi que les questions environnementales ressortent également comme nouveaux domaines prioritaires. L'annexe 5 présente la liste complète des priorités pour les cinq prochaines années relevées par les chercheurs.

Chevauchement et complémentarité des efforts à l'échelle nationale et internationale

Les intervenants qui ont exprimé une opinion sur le sujet ont affirmé qu'en général, l'IRSCIP avait réussi à éviter les chevauchements dans le financement de la recherche sur les pandémies : on ne perçoit aucun chevauchement dans les efforts de recherche et très peu de chevauchement direct dans les priorités de recherche en soi. De plus, il y a eu une bonne coordination des efforts de financement avec certains organismes nationaux grâce aux partenariats établis (voir plus loin). En finançant des collaborations internationales dans le cadre de l'IRSCIP, les IRSC ont permis aux chercheurs de travailler dans des domaines complémentaires. Cependant, l'IRSCIP n'a pas favorisé directement la complémentarité à l'échelle internationale en ce qui a trait au financement de la recherche. Certains intervenants interviewés ont indiqué avoir rencontré de nombreux obstacles dans leurs tentatives de partager les programmes de recherche avec d'autres pays : « Nous avons tenté sur deux fronts (développement de vaccins et d'antiviraux) de partager de l'information, de mobiliser des ressources et de coordonner des travaux avec certains pays, mais nous ne pouvions coordonner et connaître précisément tous les essais effectués et les centaines de projets de recherche entrepris. » Néanmoins, l'IRSCIP a su tirer profit des contacts établis avec des organismes de recherche américains oeuvrant dans le même domaine en prenant connaissance de leurs programmes de recherche et en intégrant ces renseignements à l'IRSCIP.

3.2 Efficacité de l'établissement de partenariats

Succès obtenu dans l'établissement de partenariats nationaux et internationaux
Dans le cadre du processus de consultation mené par le groupe de travail, neuf organismes ont manifesté leur intérêt à travailler en partenariat dans au moins un domaine de recherche14 :

    • American Red Cross
    • Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA)
    • Association pour la microbiologie médicale et l'infectiologie Canada/Fondation canadienne des maladies infectieuses.
    • Agence canadienne de développement international (ACDI)
    • Réseau de recherche sur les maladies infectieuses émergentes
    • Direction générale de la santé des Premières Nations et des Inuits de Santé Canada
    • Fondation de la recherche en santé de Rx&D (une association de compagnies de recherche pharmaceutique du Canada)
    • Centre de recherche sur le développement international (CRDI)
    • Agence de la santé publique du Canada (ASPC).

Certains organismes étaient intéressés par des partenariats portant sur les travaux de recherche, d'autres par des partenariats portant sur le financement. Des partenariats officiels ont été établis avec l'ASPC, l'ACIA, la FRS et le CRDI, donnant lieu à des possibilités de financement conjointes. Ces organismes étaient fin prêts, car ils avaient soit travaillé avec les IRSC dans le cadre de l'atelier d'établissement de priorités tenu en 2005, soit déjà établi leurs propres priorités et programmes de recherche en matière de capacité d'intervention en cas de pandémie. Plusieurs instituts et portefeuilles des IRSC ont également participé à l'IRSCIP dans le cadre de possibilités de financement conjointes : l'Institut de la santé des Autochtones (ISA), l'Institut des services et des politiques de la santé (ISPS), l'Institut de la santé publique et des populations (ISPP), la Direction de l'application des connaissances, le Bureau de l'éthique et la Direction des partenariats et des relations internationales. Les IRSC ont également conclu un partenariat officiel avec le réseau Mathématiques des technologies de l'information et des systèmes complexes (MITACS, un Réseau de centres d'excellence en mathématiques) dans le cadre de la subvention de fonctionnement lancée en 2006, mais aucun financement conjoint n'a été accordé.

Retombées des partenariats

Coordination et intégration des programmes de recherche à l'échelle nationale

Les partenariats conclus avec l'ASPC, l'ACIA et la FRS dans le cadre de l'IRSCIP ont permis de financer conjointement des activités de recherche. Les intervenants travaillant pour ces partenaires externes considéraient ces partenariats comme très fructueux, leur attribuant plusieurs avantages de ces partenariats pour eux. Citons entre autres la garantie que les fonds accordés financeraient des projets de recherche reposant sur des priorités claires et bien définies ainsi qu'une coordination permettant d'éviter les chevauchements. Les partenaires ont également apprécié le système d'examen par les pairs des IRSC, qui assurait un examen rigoureux des demandes sans que les partenaires soient obligés de mettre en place les infrastructures et l'expertise nécessaires. Ces résultats montrent que l'IRSCIP a réussi à coordonner et à intégrer les programmes de recherche à l'échelle nationale en plus d'éviter les chevauchements.

Bien que les IRSC aient mis en place, en partenariat avec le CRDI, une possibilité de financement pour la recherche conjointe entre des chercheurs canadiens et des chercheurs de pays en développement sur la capacité d'intervention en cas de pandémie, la participation à cette possibilité de financement a été si faible qu'aucune bourse n'a été attribuée. Le CRDI a vivement apprécié la volonté des IRSC de trouver un terrain d'entente et les efforts déployés à cette fin dans le cadre de l'IRSCIP, mais il considère qu'il n'a pas été approché assez tôt pour faire correspondre ces dernières à son programme de recherche et aux besoins propres aux pays en développement. Il était d'avis que les demandes reçues étaient trop orientées sur la recherche biomédicale pour obtenir le soutien du CRDI et ne remplissaient pas son objectif d'établir des partenariats égaux entre des chercheurs étrangers oeuvrant dans des milieux où la capacité de recherche est plus faible et des chercheurs canadiens ayant déjà travaillé avec des pays en développement. Selon les intervenants clés, un tel processus aurait nécessité des consultations avec les milieux de la recherche et de l'établissement des politiques dans les pays en développement, ainsi qu'un processus de renforcement des capacités et d'élaboration de propositions permettant d'établir de bonnes relations entre des chercheurs qui n'avaient jamais travaillé ensemble. Étant donné les contraintes de temps associées à l'IRSCIP et la complexité du processus d'établissement d'un protocole d'entente entre les IRSC et le CRDI, il était impensable d'envisager ces étapes. Selon l'IMII, les différences entre les mandats des deux organismes rendaient difficile l'établissement d'un partenariat : bien que les deux organismes manifestent un intérêt pour la recherche sur la capacité d'intervention en cas de pandémie, le mandat des IRSC est axé sur l'excellence de la recherche sans égard au milieu, tandis que celui du CRDI vise à renforcer la capacité de recherche des pays en développement. Il aurait fallu beaucoup plus de temps que le permettaient les délais serrés de l'IRSCIP pour trouver et concrétiser un terrain d'entente entre les deux organismes.

Les intervenants clés considèrent que le partenariat avec l'ASPC a été très fructueux, beaucoup plus que lors de l'éclosion du SRAS. Les représentants de l'ASPC soutiennent qu'ils ont tiré des avantages de leur collaboration avec les IRSC dans le cadre de l'IRSCIP, notamment des apprentissages organisationnels sur les processus de recherche. La participation de l'ASPC au groupe de travail, aux processus d'établissement de priorités et aux décisions sur la structure des possibilités de financement a joué un rôle important dans la coordination et l'intégration de leur programme de recherche conjoint. Par ailleurs, certains intervenants non associés à l'ASPC se demandent dans quelle mesure le programme de recherche de l'ASPC a été bien couvert par l'IRSCIP, étant donné le petit nombre de chercheurs canadiens dans la recherche sur la grippe et le fait que ce type de recherche est surtout orienté par ces chercheurs. Comme l'ASPC partageait cette préoccupation, elle a réservé une partie de ses fonds pour la recherche dirigée dans le cadre de contrats. Certains intervenants clés considèrent aussi que le Réseau de recherche sur l'influenza a permis de bien cibler les projets de recherche qui offraient une contribution directe à la capacité d'intervention « sur le terrain » en cas de pandémie, un aspect qui correspond au mandat de l'ASPC.

Structure des partenariats

Les intervenants clés travaillant pour des organismes externes, notamment le CRDI et l'ASPC, s'entendent pour dire que la structure des partenariats établis dans le cadre de l'IRSCIP est efficace. Selon les intervenants, ce succès est attribuable en grande partie à l'approche de l'IMII, qui sait établir des partenariats entre des organismes qui n'avaient jamais collaboré auparavant, ce qui constitue à leurs yeux une « réussite incroyable ». Les partenaires ont particulièrement apprécié le fait que l'IMII soit à l'écoute de leurs besoins, et que l'Institut soit également prêt à adapter ses processus et ses projets pour mieux tenir compte des intérêts des partenaires : « Ils étaient prêts à inclure d'autres objectifs que nous jugions importants – on voyait clairement qu'ils voulaient collaborer avec nous... ils nous traitaient comme de véritables partenaires, pas comme des banques ». Parmi les exemples cités pour illustrer l'efficacité de l'IMII, notons la participation des partenaires à l'examen de la pertinence dans le cadre de plusieurs possibilités de financement de l'IRSCIP, ainsi que les processus permettant aux partenaires de demander des éclaircissements aux candidats. Les représentants de l'IMII ont confirmé que le processus avait été adapté pour que les partenaires puissent y participer à long terme. La Rencontre canadienne sur la capacité d'intervention en cas de pandémie : Des découvertes aux premières lignes, qui s'est tenue en novembre 2008 et faisait partie de la stratégie d'application des connaissances de l'IRSCIP (voir section 3.5), a également été citée comme exemple de partenariat visant à mieux coordonner et intégrer les programmes de recherche, quoique principalement à l'échelle nationale.

En effet, au-delà du cas du CRDI, les intervenants clés ont indiqué que les partenariats internationaux n'avaient pas été développés autant qu'ils l'auraient voulu. Bien que certaines discussions avec des représentants d'organismes internationaux aient été décrites positivement, les intervenants clés ont déploré, d'une part, le fait que l'OMS n'ait donné aucune véritable réponse alors qu'elle avait été approchée et, d'autre part, l'existence d'obstacles considérables empêchant l'établissement de partenariats dans le cadre de l'initiative Chine-Canada des IRSC. On a également souligné qu'étant donné que les pays évoluent dans des contextes de recherche si différents où l'accent semble mis sur des questions internes, l'établissement de partenariats demande beaucoup de temps – probablement plus de temps que le permet une initiative sur cinq ans comme l'IRSCIP.

Mobilisation des ressources

Comme le montre la figure 3, les contributions directes des partenaires ont permis de doubler les ressources disponibles pour la recherche sur les pandémies. En effet, les contributions des partenaires représentent 51 % des fonds distribués dans le cadre de l'IRSCIP pour la période 2006-2007 à 2012-2013, soit 45 % pour les partenaires externes et 6 % pour les partenaires internes (autres instituts et unités des IRSC). Il se peut que la valeur des contributions soit sous-estimée, car les montants indiqués excluent les contributions en nature et incluent uniquement les fonds administrés par les IRSC. Ainsi, l'IRSCIP a permis de mobiliser des ressources considérables pour la recherche sur la capacité d'intervention en cas de pandémie.

Figure 3 : Contributions de l'IRSCIP et des partenaires versées aux IRSC pour la recherche sur les pandémies

Figure 3 : Contributions de l'IRSCIP et des partenaires versées aux IRSC pour la recherche sur les pandémies

Données fournies par l'IMII (décembre 2008).

Comme nous l'avons déjà mentionné, les partenaires financiers étaient enthousiastes à l'idée de subventionner la recherche menée dans le cadre de l'IRSCIP, d'en tirer des avantages, particulièrement en profitant des infrastructures des IRSC et de l'IMII, et de garantir un programme de recherche concertée.

Stratégie de rapport

La stratégie de rapport de l'IRSCIP visait à tenir les partenaires nationaux et internationaux au courant des développements de l'initiative, et ce, en toute transparence. Cependant, peu d'intervenants clés connaissaient l'existence des rapports et des autres éléments de cette stratégie; ils n'étaient donc pas en mesure d'évaluer son efficacité.

En date du 30 mars 2009, le site Web de l'IMII permettait d'accéder aux publications suivantes :

  • Compte rendu de l'Atelier sur les priorités de la recherche sur l'influenza (septembre 2005) : [ PDF (1.0 Mo) | Aide ];
  • Rapport sur Atelier d'élaboration de demandes – IRSCIP (mars 2007) : [ PDF (462 Ko) | Aide ];
  • Initiative de recherche stratégique sur la capacité d'intervention en cas de pandémie – Rapport des activités et résultats (juin 2006 - juin 2008) : [ PDF (982 Ko) | Aide ];
  • Rapport sur le Réseau de recherche sur l'influenza - Atelier sur la préparation de demandes (février 2008) : [ PDF (1.2 Mo) | Aide ].

3.3 Caractère adéquat de la structure du programme

Succès de la gamme de possibilités de financement

Les intervenants clés devaient évaluer dans quelle mesure la gamme de possibilités de financement offertes dans le cadre de l'IRSCIP favorisait l'atteinte des objectifs de l'initiative. Tous s'entendent pour dire que les composantes du programme, par l'intermédiaire des possibilités de financement, correspondent aux domaines prioritaires désignés dans le cadre du processus d'établissement de priorités. Certains ajoutent toutefois que le temps consacré à l'élaboration et au lancement des possibilités de financement avait comprimé la durée du financement, qui est passée de cinq ans à un maximum de trois ans. Or, ce genre d'initiative gagnerait à être divisée en deux phases : deux ans de planification et de mise en oeuvre suivis de cinq ans de financement. D'autres ont également relevé de nouveau l'inadéquation entre le financement disponible et l'ampleur des domaines prioritaires ciblés.

Dans le sondage mené auprès des chercheurs, les candidats à l'IRSCIP qui avaient entendu parler de l'IRSCIP (86 % des répondants) devaient indiquer si certains facteurs avaient influencé leur décision de présenter ou non une demande. On visait ainsi à relever les incitatifs et les facteurs dissuasifs des différentes possibilités de financement (tableau 9). Chez les chercheurs qui ont présenté une demande dans le cadre d'au moins une possibilité de financement, les compétences requises (94 %) et la pertinence des travaux par rapport aux thèmes de l'IRSCIP (93 %) constituaient les incitatifs les plus fréquents, ce qui montre que le programme rejoignait les chercheurs possédant une expertise dans les domaines ciblés. Les facteurs ayant eu le moins d'influence étaient la participation prévue des étudiants (43 %) et le prestige relatif du programme (38 %). Huit des dix personnes n'ayant pas présenté de demande et ayant répondu à la question ont indiqué comme facteur dissuasif, outre le fait de ne pas manquer de crédits, le fait que le programme semblait cibler des groupes de chercheurs précis. C'est là une réponse surprenante, car ces personnes avaient déjà obtenu du financement des IRSC pour des travaux associés aux pandémies. Six personnes ont toutefois indiqué qu'elles n'avaient pas présenté de demande parce que leurs travaux ne correspondaient pas aux domaines de recherche de l'IRSCIP. Peut-être pour la même raison, six personnes ont affirmé que leurs chances de succès n'étaient pas suffisamment élevées et qu'elles ne recevraient donc aucun financement.

[ Tableau 9 : Facteurs ayant influencé la décision de présenter ou non une demande ]

Efficacité des concours stratégiques

L'IMII était intéressé à savoir, tant dans le contexte de l'IRSCIP que de façon plus générale, si les possibilités de financement concernant des domaines d'une grande importance stratégique nécessitant des percées rapides devraient cibler davantage les chefs de file ou mettre en concurrence tous les chercheurs.

Tous les chercheurs, y compris ceux qui n'avaient pas entendu parler de l'IRSCIP, devaient répondre à cette question; leurs réponses sont compilées dans le tableau 10. Dans toutes les catégories de répondants, une majorité de personnes estime qu'il vaut mieux offrir à tous les chercheurs la possibilité de participer à des concours au lieu de garantir la continuité du financement aux chefs de file reconnus. Comme la catégorie « candidats financés » comprend probablement une plus grande proportion de chefs de file canadiens dans la recherche sur la capacité d'intervention en cas de pandémie, il s'agit d'une différence importante. Près de 80 % des candidats financés ont toutefois déclaré qu'il était important de continuer à financer les chefs de file, contre 53 % des candidats non retenus. Une troisième stratégie, soit de renforcer la capacité de recherche globale en s'assurant que les chercheurs qui sont nouveaux dans le domaine reçoivent du financement, a reçu l'appui de 65 % des candidats non retenus et de 48 % des candidats financés.

[ Tableau 10 : Appui des chercheurs pour les différents types de financement ]

Efficacité de la stratégie de communication

Les intervenants clés en mesure d'évaluer la stratégie de communication de l'IRSCIP ont remarqué que, comme c'est souvent le cas, ce sont les chercheurs les plus actifs dans le domaine qui étaient les mieux renseignés au sujet de l'initiative. Les employés de l'IMII ont indiqué que les communications concernant l'initiative avaient été diffusées au moyen d'une liste d'environ 3 500 chercheurs et intervenants du domaine des maladies infectieuses et immunitaires et d'une liste de chercheurs ayant participé à des activités liées à la recherche sur la grippe et les pandémies, notamment l'atelier tenu en 2005. Les employés de l'IMII ont admis que cette méthode avait probablement permis d'informer surtout des personnes oeuvrant déjà dans le domaine. Certains ont également souligné le fait que, étant donné le grand nombre de possibilités de financement offertes par les IRSC, le chercheur moyen pouvait avoir de la difficulté à se tenir au courant de la nature et de la provenance des différentes possibilités. Un examen des renseignements sur l'IRSCIP accessibles par Internet confirme cette observation : aucune page Web ni aucune fonction de recherche ne permettent de connaître toutes les composantes des programmes de l'IRSCIP; celles qui font partie d'initiatives existantes des IRSC sont particulièrement difficiles à trouver.

Selon certains intervenants clés, le délai serré pour le lancement des programmes a aussi nui aux communications. Le temps requis pour rédiger, traduire et diffuser les renseignements sur les programmes dans des délais permettant aux chercheurs de préparer leurs demandes a limité les possibilités d'organiser plus d'activités de communication et de préparer des listes de diffusion plus complètes. Certains attribuent le faible taux de participation à la possibilité de financement « subvention de fonctionnement : Transmission, mesures de santé publique et conformité » au manque de communication avec le milieu de la santé publique (voir la section suivante).

Les données du sondage mené auprès des chercheurs corroborent le constat selon lequel les communications doivent être plus efficaces. Comme nous l'avons vu précédemment, 22 répondants (14 %), notamment six des candidats financés (7 %), ont indiqué qu'ils n'avaient jamais entendu parler de l'IRSCIP ou ne savaient pas s'ils en avaient entendu parler. Les candidats non retenus étaient moins bien renseignés sur le programme que les non-candidats (76 % contre 83 %), ce qui soulève la question suivante : les candidats non retenus connaissaient-ils suffisamment les caractéristiques et les critères d'évaluation des possibilités de financement pour lesquelles ils ont présenté une demande? Chez les répondants qui avaient entendu parler du programme, la moitié (54 %) des candidats financés ont confirmé que les communications concernant le programme avaient été appropriées (10 répondants, soit 13 %, ne savaient pas). Ces résultats témoignent de la nécessité non seulement de faire davantage connaître le programme, mais aussi de diriger l'attention des chercheurs sur les caractéristiques propres à chaque possibilité de financement.

3.4 Atteinte des résultats souhaités pour chaque possibilité de financement

Participation au programme

Les 29 possibilités de financement offertes dans le cadre de l'IRSCIP ont donné lieu à 149 demandes, dont 71 ont été financées (tableau 11). Ces demandes provenaient de 102 chercheurs principaux désignés, dont 44 ont vu au moins une de leurs demandes retenue, soit à titre de chercheur principal désigné, soit à titre de candidat. Le nombre de demandes reçues par chercheur principal désigné varie entre un et huit, et le nombre de demandes retenues entre un et trois.

Le taux de réussite global s'élève à 51 % pour les demandes examinées et à 92 % pour les demandes subventionnables (celles qui ont été cotées 3,5 ou plus lors de l'examen par les pairs15). Cela signifie que dans l'ensemble, la majorité des demandes admissibles et méritoires sur le plan scientifique ont été subventionnées. Ce taux est supérieur à celui qu'on observe en général pour les possibilités de financement des IRSC. Comme les normes appliquées lors de l'examen par les pairs étaient les normes habituelles des IRSC (voir toutefois les opinions divergentes ci-dessous), ces nombres semblent indiquer que le ratio fonds disponibles/demandes subventionnables était relativement élevé, c'est-à-dire que les possibilités de financement ont donné lieu, relativement, à peu de demandes. Un tel résultat peut être attribuable en partie à un manque d'intérêt ou à un manque d'information en ce qui concerne l'IRSCIP, mais il révèle peut-être aussi la nécessité de développer davantage la capacité de recherche sur les pandémies.

[ Tableau 11 : Participation au programme et taux de réussite ]

Comme on peut le voir au tableau 11, certaines composantes du programme n'ont donné lieu à aucune demande. C'est le cas de la première vague de subventions sur la synthèse des connaissances, des trois vagues de subventions pour réunions, planification et dissémination : Supplément pour l'application des connaissances en fin de subvention, et des deux premières vagues de subventions pour réunions, planification et dissémination. Ces résultats peuvent s'expliquer par le fait que les chercheurs ne sont pas encore assez avancés pour cerner les connaissances susceptibles de se traduire en applications. Il se peut aussi que les chercheurs soient peu intéressés par les projets d'application des connaissances, qu'ils connaissent mal les modalités de financement stratégique dans ce domaine ou ne soient pas à l'aise avec celles-ci, ou que ces outils de financement ne conviennent pas aux sortes d'activités d'application des connaissances qui s'imposent dans les domaines de la grippe et de la capacité d'intervention en cas de pandémie.

Par ailleurs, aucune demande n'a été financée dans le cadre de la subvention de fonctionnement – Transmission, mesures de santé publique et conformité. Or les réponses des chercheurs et des intervenants clés aux questions portant sur les priorités de l'IRSCIP montrent que ce domaine présente encore d'importantes lacunes sur le plan de la recherche.

Les deux tiers des intervenants clés qui ont été interrogés sur la participation au programme ont déclaré qu'ils n'étaient pas suffisamment renseignés pour répondre. Certains des intervenants qui ont répondu, notamment un représentant d'un partenaire externe, considèrent que les possibilités de financement ont donné lieu à un nombre satisfaisant de demandes en provenance des populations visées. D'autres considèrent qu'il aurait fallu plus de demandes pour renforcer la compétitivité, mais ils reconnaissent que la capacité actuelle ne le permet pas et que cette dernière doit être développée par l'intermédiaire d'initiatives comme de la formation et des ateliers. Selon les personnes interrogées, la participation a été moins forte dans les domaines suivants : santé publique (on signale notamment l'absence de demandes pour la possibilité de financement en santé publique, mais on fait aussi état de cette lacune de manière plus générale), perception et communication des risques, et examen éthique en situation de pandémie.

Les intervenants clés ont aussi remarqué que la participation au programme n'était pas optimale du fait que les demandes ne correspondaient pas toutes aux objectifs exacts ciblés par les possibilités de financement. Certains ont formulé l'hypothèse suivante : en raison de l'opinion – très répandue dans le milieu de la recherche – selon laquelle la recherche menée sur l'initiative des chercheurs remédie aux lacunes sur le plan des connaissances, les chercheurs ne respectent pas toujours les exigences des possibilités de financement très ciblées. Certains présentent des demandes qui ne tiennent pas compte des caractéristiques des possibilités de financement; d'autres omettent de satisfaire à certains critères tels que l'inclusion des utilisateurs de la recherche ou l'intégration claire d'une composante d'application des connaissances dans chaque projet. Cette hypothèse est compatible avec notre interprétation du sondage selon laquelle les candidats non retenus étaient moins renseignés au sujet de l'IRSCIP que les candidats retenus et les non-candidats même s'ils avaient présenté une demande. (Précisons que chaque possibilité de financement est accompagnée d'un document explicatif qui comprend une description du programme, les objectifs, les critères d'admissibilité, la marche à suivre pour présenter une demande et les critères d'évaluation.) Cette hypothèse est également corroborée par le fait que la majorité des candidats non retenus n'étaient pas au courant des critères d'évaluation (voir ci-dessous).

Processus d'examen. Certains intervenants clés ont aussi formulé des commentaires au sujet du processus d'examen (en ne se limitant peut-être pas au cadre de l'IRSCIP). Selon eux, le processus était plus inclusif, car ce ne sont pas uniquement les « habitués » qui y ont participé. Par contre, les personnes interviewées ont déclaré qu'il était difficile d'éviter les conflits d'intérêts pour les demandes visant un grand nombre de chercheurs (les subventions d'équipe, par exemple). Il s'ensuit que ces demandes étaient examinées par un sous-groupe du comité d'examen par les pairs. Aux yeux des intervenants clés, de tels examens n'étaient pas aussi approfondis, car certains membres du comité devaient se récuser. Les intervenants clés ont également critiqué le fait que seuls les membres des comités participaient aux examens, sans qu'on fasse appel à des évaluateurs externes, ce qui aurait nui à la qualité des examens.

Les chercheurs interrogés par sondage devaient aussi répondre à des questions sur le processus d'examen de l'IRSCIP. Bien que seulement les deux tiers des répondants se soient dits insuffisamment renseignés pour répondre à ces questions, les résultats montrent une certaine insatisfaction, dans l'ensemble, parmi ceux qui ont pu exprimer leur opinion, au sujet du processus d'examen et de la communication des résultats.

  • Une minorité de candidats financés (40 %) comme de candidats non retenus (17 %) ont jugé que les comités d'examens par les pairs de l'IRSCIP étaient suffisamment compétents. Si ces réponses reflètent véritablement la crédibilité dont jouissent des comités, il s'agit là d'un résultat troublant. Toutefois, il se peut qu'elles témoignent seulement de la tendance des chercheurs à se considérer systématiquement comme les meilleurs dans leur domaine.
  • Moins de la moitié des candidats financés (44 %), qui devraient pourtant être les plus satisfaits des résultats, étaient d'accord ou tout à fait d'accord pour dire que les décisions en matière de financement avaient été justes.
  • Seulement la moitié (49 %) des candidats financés ont déclaré connaître les critères utilisés pour évaluer leurs demandes. Ce pourcentage est encore plus bas (32 %) chez les candidats non retenus. Bien que les répondants n'étaient peut-être pas capables de se rappeler s'ils étaient au courant de ces critères au moment de l'examen ou s'ils avaient tout simplement oublié ces critères au moment où ils ont répondu au sondage, il importe de mentionner que les critères d'évaluation sont toujours communiqués avec les possibilités de financement.
  • Près des deux tiers des candidats financés (64 %) et du tiers des candidats non retenus (32 %) jugent avoir reçu suffisamment de renseignements à la suite du processus d'examen.

Cependant, on ne peut pas savoir si un sondage sur les processus d'examen par les pairs des IRSC en général aurait donné les mêmes résultats.

Couverture des domaines de recherche ciblés

La figure 4 présente les investissements par domaine prioritaire de l'IRSCIP, selon les données compilées par le personnel de l'IMII lors de l'examen des demandes financées. En date de septembre 2008, la catégorie « vaccins et immunisation » avait reçu environ 44 % des fonds de l'IRSCIP, suivie de la catégorie « biologie du virus » avec 21 % des fonds. Les catégories « prévention et traitement » et « contrat éthique, juridique et social » avaient reçu respectivement environ 17 % et 18 % des investissements16.

Figure 4 : Investissements par domaine prioritaire de l'IRSCIP, fonds engagés en date de septembre 2008 (en millions de dollars)

Figure 4 : Investissements par domaine prioritaire de l'IRSCIP, fonds engagés en date de septembre 2008 (en millions de dollars)

La plupart des intervenants clés ont affirmé que les domaines de recherche ciblés étaient assez bien couverts par les activités subventionnées dans le cadre de l'IRSCIP. Ils ont toutefois relevé certaines lacunes, notamment la recherche clinique, la modélisation et les sciences humaines et sociales. L'un des intervenants clés a également mentionné que les chercheurs en modélisation semblaient découragés, car peu de demandes ont été subventionnées dans ce domaine. Comme on l'a vu plus haut, la modélisation est une des lacunes déplorées par les chercheurs en ce qui concerne les priorités.

Développement de la capacité de recherche

Selon les intervenants clés suffisamment renseignés pour exprimer une opinion, l'IRSCIP offre un grand nombre de nouvelles possibilités pour le développement de la capacité de recherche sur la capacité d'intervention en cas de pandémie, notamment la participation d'étudiants des deuxième et troisième cycles et de détenteurs de bourses postdoctorales. En effet, les intervenants clés ont mentionné que l'IRSCIP offrait aux stagiaires de nombreuses possibilités de participer aux projets dans le cadre de leur thèse ou à titre d'assistant de recherche. Les répondants qui ont participé à la Rencontre canadienne sur la capacité d'intervention en cas de pandémie : Des découvertes aux premières lignes ont remarqué la présence de stagiaires, ce qui constitue un exemple probant des retombées de l'IRSCIP sur le développement de la capacité de recherche sur les pandémies. Selon le registre des inscriptions, 15 des 172 personnes inscrites (9 %) ont indiqué le nom d'un superviseur et étaient donc des stagiaires. Par ailleurs, certains intervenants ont constaté au cours des dernières années un afflux de nouveaux chercheurs dans le domaine, auparavant « plus ou moins dominé par le même vieux cercle d'initiés ».

Certains intervenants clés ont suggéré la mise en place, dans le cadre de l'IRSCIP, d'initiatives de formation propres au domaine des pandémies, dans la lignée de l'Initiative stratégique pour la formation en recherche dans le domaine de la santé (ISFRS)17. Le groupe de travail avait envisagé cette option, mais il a plutôt recommandé que l'intégration des stagiaires soit obligatoire pour l'obtention des principales subventions de fonctionnement et d'équipe de l'IRSCIP, car l'élaboration d'un programme de formation serait trop difficile compte tenu du nombre limité de chercheurs principaux qui oeuvrent dans les domaines des pandémies et de la grippe18.

Les intervenants clés ont souligné de diverses façons l'importance des ateliers de préparation de demandes dans le développement de la capacité de recherche. Certains ont mentionné que ces ateliers avaient permis non seulement d'aider les chercheurs qui préparaient des demandes, mais aussi d'encourager la participation de chercheurs qui oeuvraient dans d'autres domaines et que l'on pouvait convaincre de l'intérêt de la recherche sur les pandémies. Selon les intervenants clés, l'absence de tels ateliers pour le volet international de l'IRSCIP a probablement constitué un inconvénient qui a contribué au manque de profondeur des demandes comportant des collaborations internationales.

Les chercheurs qui ont répondu au sondage devaient indiquer dans quelle mesure leur projet de recherche subventionné contribuait au développement de la capacité de recherche sur la capacité d'intervention en cas de pandémie en intégrant des chercheurs de domaines ou de disciplines auparavant non liés à ces travaux ou en établissant de nouveaux sujets recherche. Le tableau 12 résume les données obtenues au total et par domaine de recherche (les catégories « vaccins et immunisation » et « prévention et traitement » ont été combinées, car elles correspondaient en grande partie aux mêmes répondants). Près de 60 % des candidats financés ont déclaré que l'IRSCIP contribuait à l'intégration de chercheurs d'autres domaines ou disciplines, et quelque 30 % ont indiqué que l'IRSCIP avait contribué à l'établissement de nouveaux sujets de recherche. Bien qu'il soit difficile de définir un objectif précis quant à ce dernier aspect, ces résultats montrent que l'IRSCIP a permis non seulement de continuer à financer les principaux chercheurs oeuvrant déjà dans des domaines liés à ses priorités, mais aussi d'aider certains chercheurs à se pencher sur des questions relatives aux pandémies et de restructurer ou réorienter les travaux d'autres chercheurs pour les faire correspondre aux objectifs stratégiques du programme quant au développement de la capacité de recherche.

[ Tableau 12 : Retombées des projets subventionnés sur la capacité de recherche, par domaine de recherche des répondants ]

Comme il n'existe pour l'instant aucune donnée sur la participation de stagiaires aux projets de recherche de l'IRSCIP, des questions concernant la participation d'étudiants ont été intégrées au sondage mené auprès des chercheurs. Pour éviter que certains stagiaires soient comptés deux fois, ces questions ont été posées uniquement aux chercheurs principaux désignés. Pour les 21 subventions des chercheurs principaux désignés qui ont répondu, on dénombre 53 stagiaires, ce qui représente une moyenne de 2,5 stagiaires par subvention. Le tableau 13 présente une projection du nombre de stagiaires pour l'ensemble de l'IRSCIP. Si les réponses obtenues sont représentatives de l'ensemble des chercheurs principaux désignés de l'IRSCIP, on peut estimer qu'environ 173 stagiaires (ou, pour avancer une estimation plus prudente, entre 150 et 200 stagiaires) ont participé à l'IRSCIP. Cependant, 14 % des projets subventionnés ne comprenaient aucun stagiaire.

[ Tableau 13 : Nombre de stagiaires par subvention dans le cadre de l'IRSCIP ]

Six des chercheurs principaux désignés qui ont répondu à la question (33 %) ont déclaré que leurs stagiaires avaient participé à des collaborations internationales en matière de recherche.

Les données du tableau 14 montrent que la majorité des candidats financés dans le cadre de l'IRSCIP ont indiqué que leur projet prévoyait une formation interdisciplinaire (64 %) ou un programme de mentorat (73 %) pour les étudiants et les boursiers dans le domaine de la recherche sur la grippe et la capacité d'intervention en cas de pandémie. De plus, un peu plus des deux tiers des répondants (68 %) considèrent que leur projet a permis d'accroître le nombre de stagiaires dans le domaine de la recherche sur la grippe et la capacité d'intervention en cas de pandémie. Ces résultats, conjugués aux données du tableau 13, laissent croire que l'IRSCIP favorise le développement de la capacité de recherche sur les pandémies grâce à la formation. Cependant, comme il n'existe aucune base de référence ni aucun objectif précis à part l'intégration de la formation à l'ensemble des possibilités de financement, on peut difficilement évaluer si ces résultats répondent aux attentes.

[ Tableau 14 : Rôle des stagiaires dans les projets subventionnés (candidats financés, y compris les chercheurs principaux désignés, n = 84) ]

3.5 Succès des activités de réseautage et d'application des connaissances menées dans le cadre de l'IRSCIP

Facilitation de la communication et du réseautage

Les intervenants clés interviewés ont applaudi les IRSC pour avoir facilité la communication et le réseautage dans le cadre de l'IRSCIP en organisant l'atelier d'établissement de priorités et la Rencontre canadienne sur la capacité d'intervention en cas de pandémie : Des découvertes aux premières lignes, qualifiant ces activités de « fantastiques », « excellentes » et « efficaces » et constituant « un excellent exemple d'optimisation des ressources ». Les personnes interviewées ont indiqué que l'approche de l'IMII en la matière était originale et novatrice. Certains ont mentionné que malgré le caractère disparate et diversifié du petit milieu canadien de la recherche, ces événements avaient permis de rassembler des gens qui ne se seraient pas rencontrés autrement. Les chercheurs ont ainsi eu l'occasion de mieux connaître les travaux de leurs collègues, et ces événements ont donné une impulsion à l'échelle nationale à la recherche sur la capacité d'intervention en cas de pandémie : « Cela ne fait aucun doute : ils ont donné une impulsion à ce qui est maintenant un mouvement majeur à l'échelle nationale. [...]Les chercheurs du milieu sont enthousiastes et l'IRSCIP les a encouragés à poursuivre leurs travaux dans le domaine... et à collaborer avec des gens avec qui ils n'auraient jamais travaillé en temps normal ». Ces deux rencontres ont permis aux chercheurs d'en apprendre davantage sur des domaines de recherche qu'ils connaissaient moins, un aspect que les intervenants clés jugent fort utile.

Certains intervenants clés ont indiqué qu'il y avait lieu de tenir aussi bien des activités de réseautage structurées (comme la rencontre Des découvertes aux premières lignes) et non structurées. Ces résultats semblent confirmer la pertinence d'offrir des fonds pour les rencontres et soulèvent des questions quant au faible taux de participation à ce type de possibilité de financement.

Finalement, bien que l'impulsion donnée par l'IRSCIP témoigne du succès du programme, certains intervenants clés se demandent s'il sera possible de maintenir une telle vigueur si aucune pandémie ne survient et lorsque le financement prendra fin.

Effets sur l'accroissement de la collaboration et de la capacité

En plus d'une meilleure connaissance des activités de recherche sur les pandémies, les intervenants clés ont relevé plusieurs autres manifestations de l'effet des activités de réseautage de l'IRSCIP sur l'accroissement de la collaboration et de la capacité. Ainsi, on juge que la participation de stagiaires à ces activités a constitué un outil très important pour l'augmentation de la capacité de recherche. Selon les partenaires de recherche, l'un des avantages de ces activités est la possibilité de nouer des liens avec d'autres organismes : « Les renseignements présentés lors de la rencontre étaient intéressants et importants, mais l'utilité d'une telle rencontre réside aussi dans les liens que nous nouons, et l'IRSCIP favorise ces liens. [...] Notre participation à la rencontre va nous permettre de transformer les méthodes de travail de [nom de l'organisme], notre position dans le contexte canadien et l'impact que nous pouvons avoir. Maintenant, je sais avec qui communiquer pour y arriver. » Les personnes interviewées ont mentionné que l'augmentation du potentiel de collaboration entre l'État et les universités, et entre les chercheurs travaillant sur les humains et sur les animaux, avait constitué une retombée importante de l'IRSCIP. Bien que certaines collaborations aient été établies, les intervenants clés préviennent qu'il faudra un certain temps pour que celles-ci se traduisent par une augmentation de la capacité de recherche. Certains ont mentionné que le fait d'inciter à la collaboration des chercheurs qui n'avaient jamais travaillé ensemble contribuait à la capacité d'intervention en cas de pandémie. Les ateliers et les rencontres ont permis aux chercheurs de mieux se connaître, et même si cette nouvelle réalité ne se traduit pas immédiatement par de nouvelles collaborations, elle fait en sorte que les chercheurs sont mieux préparés à établir d'éventuelles collaborations, notamment en situation d'urgence.

Les chercheurs qui ont répondu au sondage devaient indiquer dans quelle mesure leur projet subventionné contribuait au développement de la capacité de recherche sur la capacité d'intervention en cas de pandémie grâce au réseautage et à la collaboration avec d'autres chercheurs, notamment à l'échelle internationale. Bien que la majorité des répondants dans l'ensemble des domaines de recherche aient été d'accord ou tout à fait d'accord pour dire que l'IRSCIP avait facilité le réseautage et la collaboration, les résultats étaient moins concluants chez les chercheurs étudiant les dimensions éthique, juridique et sociale de la capacité d'intervention en cas de pandémie. Environ le quart des répondants dans l'ensemble des domaines de recherche (27 % au total) ont affirmé que l'IRSCIP les avait aidés à faire participer des collaborateurs étrangers à leurs travaux.

[ Tableau 15 : Effets des projets subventionnés sur le développement de la capacité de recherche, par domaine de recherche des répondants ]

Des 21 répondants ayant établi des collaborations internationales dans le cadre de l'IRSCIP, 13 (62 %) ont indiqué que leurs collaborateurs étrangers travaillaient avec eux sur les mêmes problèmes, 11 (52 %) ont indiqué qu'ils travaillent sur des aspects différents des mêmes problèmes et 6 (13 %) ont indiqué qu'ils travaillaient sur des problèmes pertinents par rapport à leur cadre de recherche. Les collaborateurs étrangers travaillaient principalement aux États-Unis (12, soit 57 %) et en Europe (8, soit 38 %), mais certains travaillaient en Chine, ailleurs en Asie, en Amérique latine et en Afrique. Certains intervenants clés ont fait remarquer que les projets internationaux soutenus par l'IRSCIP étaient majoritairement des collaborations entre des pays riches, ce que corroborent les résultats du sondage.

Fondements pour une application efficace des connaissances (AC)

La stratégie d'AC de l'IRSCIP comprend cinq composantes : l'AC intégrée pour les subventions d'équipe; les synthèses de recherche; les suppléments pour l'AC en fin de subvention; les subventions pour réunions, planification et dissémination; et une rencontre annuelle des chercheurs et des utilisateurs des connaissances19. Comme le montre le tableau 11, la participation aux possibilités de financement axées sur l'AC (subventions pour les synthèses de recherche, suppléments pour l'AC en fin de subvention et subventions pour réunions, planification et dissémination) a été lente. On s'attend à ce que cette participation augmente avec la fin prochaine d'un nombre croissant de projets subventionnés.

La première rencontre de chercheurs et d'utilisateurs des connaissances, la Rencontre canadienne sur la capacité d'intervention en cas de pandémie : Des découvertes aux premières lignes, s'est tenue à Winnipeg du 6 au 8 novembre 2008. Selon le registre des inscriptions, 45 (29 %) des 157 participants autres que des étudiants étaient des utilisateurs potentiels de la recherche : professionnels de la santé ou de la santé publique, représentants du secteur privé, administrateurs de programmes, décideurs. Bien que certains intervenants clés se soient félicités de la présence d'utilisateurs de la recherche à cette rencontre, d'autres ont déclaré qu'il aurait pu y avoir plus de gestionnaires, de décideurs et de responsables des politiques.

Les intervenants clés devaient dire s'ils croyaient que les connaissances issues des projets subventionnés seraient suffisamment appliquées. Bon nombre d'entre eux ont déclaré qu'il était trop tôt pour se prononcer et que cette question, bien qu'importante, présentait des défis pour de nombreux chercheurs. Les principaux défis mentionnés sont, d'une part, l'intégration des utilisateurs finaux aux équipes de recherche étant donné que ceux-ci travaillent déjà à temps plein pour d'autres organismes (et dans certains cas, notamment les gouvernements provinciaux, ne semblent pas voir l'intérêt de participer à la recherche) et, d'autre part, les exigences des IRSC relativement aux demandes et aux CV. L'IMII espère que la stratégie qui consiste à exiger des candidats qu'ils intègrent les utilisateurs finaux dès la conception de leur projet finira par porter ses fruits, mais l'Institut croit aussi qu'il est trop tôt pour se prononcer. Il s'inquiète toutefois de la faible participation aux possibilités de financement visant des activités de planification et de dissémination, laquelle peut témoigner soit d'un manque d'intérêt ou de volonté, soit d'une certaine confusion chez les chercheurs du domaine biomédical quant à la définition de l'AC.

En effet, certains intervenants clés ont mentionné que les priorités retenues pour l'IRSCIP reflétaient la longue tradition des IRSC de financer la recherche motivée par la curiosité, et que les IRSC et l'IMII n'avaient commencé que récemment à annoncer qu'ils souhaitaient subventionner des domaines de recherche très précis. Ceux qui ont exprimé cette opinion croient que la participation du milieu de la recherche reflète principalement les intérêts des chercheurs, un aspect qui limite la capacité de l'IRSCIP de contribuer à la capacité d'intervention en cas de pandémie : « Selon moi, le problème réside dans le fait qu'il est difficile d'atteindre à un véritable état de préparation. D'une certaine façon, les IRSC s'y prennent mal... les chercheurs présentent des demandes, mais leurs projets ne sont pas nécessairement pertinents. » Ces commentaires témoignent de la difficulté d' « orienter les chercheurs vers les types de recherche les plus pertinents pour assurer la capacité d'intervention en cas de pandémie ». Comme nous l'avons vu plus haut, l'un des principaux partenaires de l'initiative a mentionné qu'il ne pouvait savoir quelles questions de recherche seraient abordées après l'attribution des subventions et qu'il a donc conservé une partie de ses fonds pour de la recherche dirigée dans le cadre de contrats, « pour avoir l'assurance que certaines de nos priorités seraient couvertes ».

Les chercheurs qui ont répondu au sondage en ligne devaient fournir des indicateurs concernant les activités d'application des connaissances menées dans le cadre de leurs travaux, notamment la participation et les rôles des utilisateurs de la recherche ainsi que la présence de plans d'AC. Ces questions affichent un taux relativement élevé de réponses de type « Je ne sais pas » , soit environ 15 %. Le tableau 16 présente les renseignements fournis par les chercheurs en mesure de répondre. Plus des trois quarts des répondants ont affirmé que les utilisateurs de la recherche participaient actuellement à leur projet dans le cadre de l'IRSCIP (47, soit 66 %) ou seraient appelés à le faire (14, soit 21 %). Les trois domaines de recherche présentent des résultats semblables. Près des trois quarts des répondants (73 %) ont aussi déclaré qu'ils avaient un plan d'application des connaissances. Cette proportion était plus élevée chez les chercheurs abordant les dimensions éthique, juridique et sociale de la capacité d'intervention en cas de pandémie (82 %) et plus basse chez les chercheurs étudiant les vaccins (68 %) et le virus (58 %).

[ Tableau 16 : Application des connaissances dans les projets de l'IRSCIP (nbre (%) de personnes d'accord ou tout à fait d'accord) ]

Les gouvernements sont les principaux utilisateurs de la recherche qui participent actuellement à des projets dans le cadre de l'IRSCIP (70 %), suivis de loin par les organisations non gouvernementales (24 %) et d'autres intervenants du secteur public (professionnels de la santé, laboratoires, organismes de réglementation, agences ou établissements de santé). Les compagnies pharmaceutiques participent en tant qu'utilisateurs de la recherche à 19 % des projets auxquels prennent part actuellement des utilisateurs de la recherche. Comme on pouvait s'y attendre, le rôle de la grande majorité (87 %) de ces utilisateurs consiste notamment à appliquer et à utiliser les résultats. De plus, certains répondants ont indiqué que les utilisateurs participaient à l'exécution de certains aspects de la recherche (55 %), à l'élaboration des questions de recherche (49 %) et à l'interprétation des résultats (40 %). Ces résultats montrent que l'application des connaissances intégrée – un processus par lequel les chercheurs et les utilisateurs de la recherche discutent ensemble des questions de recherche, des méthodes et des résultats tout au long du projet – n'est pas très répandue chez les chercheurs de l'IRSCIP.

[ section suivante ]


  1. Compte rendu de l'Atelier sur les priorités de la recherche sur l'influenza, 31 août et 1er septembre 2005.
  2. Caractérisation et écologie du virus de la grippe, transmission et mesures préventives de santé publique, aspect comportemental, antiviraux, capacité de pointe, vaccins et programmes d'immunisation. Procès-verbaux des réunions du groupe de travail, 6 juillet 2006.
  3. Procès-verbaux des réunions du groupe de travail, 6, 13 et 20 juillet 2006.
  4. Ce groupe a été formé après l'initiative de recherche sur le syndrome respiratoire aigu sévère (SRAS) afin de favoriser la recherche d'intervention rapide en cas de menace pour la santé. Ce groupe comprend des représentants des IRSC, de l'Institut des services et des politiques de la santé (ISPS), de l'Institut de la santé publique et des populations (ISPP) et de l'Institut des maladies infectieuses et immunitaires (IMII) ainsi que des hauts représentants de la Fondation pour la recherche en santé des Compagnies de recherche pharmaceutique du Canada (Rx&D), de l'ASPC, du Conseil des médecins hygiénistes en chef, de l'Agence canadienne d'inspection des aliments (ACIA), du National Institute of Allergy and Infectious Disease (NIAID) des National Institutes of Health (NIH), de la Michael Smith Foundation for Health Research et de Santé Canada. La liste des membres ad hoc comprend notamment des représentants de l'Agence canadienne de développement international (ACDI), du Centre de recherches pour le développement international (CRDI), de l'Agence de la santé publique du Canada (ASPC), du NIAID, du réseau Mathématiques des technologies de l'information et des systèmes complexes (MITACS), de l'Association canadienne pour la recherche et l'évaluation en immunisation (CAIRE), de la Direction de l'application des connaissances et de la Direction de l'éthique des IRSC et de l'Institut de la santé des Autochtones.
  5. Rapport sur l'Initiative de recherche stratégique sur la capacité d'intervention en cas de pandémie, Institut des maladies infectieuses et immunitaires des IRSC
  6. Réunion du comité d'examen par les pairs sur la capacité d'intervention en cas de pandémie, 16 décembre 2008 : résumé de la discussion en fin de rencontre.
  7. Procès-verbaux des réunions du groupe de travail, 16 juin 2006.
  8. Les leçons retenues sont décrites dans l'Évaluation du Consortium canadien de recherche sur le SRAS.
  9. Trois des cinq membres du groupe de travail ont présenté une demande dans le cadre de l'IRSCIP et deux d'entre eux ont été retenus en tant que chercheurs principaux désignés. Neuf des 79 membres des comités d'examen par les pairs de l'IRSCIP ont reçu du financement, et cinq ont présenté une demande qui n'a pas été retenue.
  10. Procès-verbaux des réunions du groupe de travail, 6 juillet 2006.
  11. Compte rendu de l'Atelier sur les priorités de la recherche sur l'influenza - Séance d'intégration et de conclusions finales
  12. Compte rendu de l'Atelier sur les priorités de la recherche sur l'influenza - Séance d'intégration et de conclusions finales
  13. RechercheNet
  14. Initiative de recherche stratégique sur la capacité d'intervention en cas de pandémie - Rapport des activités et des résultats
  15. Une cote de 3,5 (sur une échelle de 0 à 5) correspond à un mérite scientifique « très bien ». Seules les demandes cotées 3,5 ou plus (« très bien », « excellent » ou « exceptionnel ») sont admissibles à un financement des IRSC (voir Le Processus d'examen par les pairs : Politiques et responsabilités des membres des comités [ PDF (366 Ko) | Aide ] ) Toutefois, selon le nombre de demandes reçues et les fonds disponibles, il arrive que des demandes cotées 3,5 ou plus ne soient pas retenues étant donné que les subventions sont accordées aux candidats ayant obtenu la meilleure note. Le nombre de demandes non retenues mais méritoires (cotées 3,5 et plus) dans un concours donné indique le degré d'excellence ou de compétitivité dans le domaine, donc la force de la capacité de recherche.
  16. Aperçu du programme de financement des Instituts de recherche en santé du Canada
  17. Initiative stratégique pour la formation en recherche dans le domaine de la santé (ISFRS). Certains des projets actuels de l'ISFRS semblent toucher des thèmes associés à l'IRSCIP.
  18. Procès-verbaux des réunions du groupe de travail, 31 août 2006. Également mentionné dans les entrevues.
  19. Aperçu du programme de financement des Instituts de recherche en santé du Canada; Subventions pour réunions, planification et dissémination : Supplément de fin de subvention pour l'application des connaissances (2008)
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